29 novembre 2020

Expliquez-moi… Le conflit israélo-palestinien

 

 

Pascal Boniface revient en vidéo, agrémentée de cartes et de photos, sur le conflit israélo-palestinien, des origines à aujourd’hui.

VOIR LA VIDEO : 


  https://youtu.be/X1r8tG4mra8

Théâtre palestinien. Histoire intime et mémoire collective

 

François Abou Salem, Bashar Murkus et Amer Hlehel sont trois auteurs majeurs de la littérature théâtrale contemporaine palestinienne. Leurs œuvres, comme celles de la grande majorité des textes dramatiques en arabe, sont pourtant quasiment inconnues en France (Idem pour la Belgique !). Najla Nakhlé-Cerruti, docteure et chercheuse spécialiste du théâtre palestinien nous permet, grâce à son exigeant et généreux travail de traduction et de recherche, de découvrir une pièce de chacun d’eux dans L’individu au centre de la scène, publié en octobre 2020 dans une édition bilingue aux Presses de l’Ifpo. 


Culture > Pauline Donizeau > 20 novembre 2020

Voir l’article sur le site ORIENT XXI : https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/entre-histoire-intime-et-memoire-collective-trois-pieces-du-theatre-palestinien,4314




https://orientxxi.info/informations/pourquoi-ce-site,0288


https://orientxxi.info/informations/qui-sommes-nous,0287

06 septembre 2020

USA : donnée battue, Rachida Tlaib remporte une victoire électorale éclatante

 

 Apportant un démenti aux  Cassandre qui lui prédisaient un échec, la députée américaine-palestinienne Rachida Tlaib a remporté mardi une victoire électorale éclatante, et est maintenant pratiquement assurée de continuer à siéger à la Chambre des Représentants (l’une des deux assemblées parlementaires fédérales des Etats-Unis, avec le Sénat) en novembre prochain.

Mardi avaient lieu une série de primaires parmi les candidats du Parti Démocrate à la députation, notamment dans la circonscription de Detroit dont Rachida Tlaib, l’une des très rares parlementaires solidaires du peuple palestinien et de la campagne BDS, est l’élue.

En l’occurrence, le 13ème district de l’Etat du Michigan (Nord des Etats-Unis), une circonscription à majorité noire, et l’une des plus pauvres de la région.

Ciblée depuis sa première élection en 2018 par tout ce que que le pays compte comme officines israéliennes, Rachida Tlaib l’a aussi été à l’occasion de cette primaire par l’influent New York Times (NYT), un journal à prétentions « progressistes », mais jamais quand il s’agit de la Palestine et de l’apartheid israélien.

Le NYT ne s’est pas privé, ces dernières semaines, de critiquer Tlaib, lui reprochant mensongèrement de ne faire au parlement que de la « politique étrangère », et de négliger les problèmes du quotidien de ses électeurs. En conséquence, ce journal, relayé par d’autres médias, prédisait une défaite de Rachida face à sa concurrente.

Le journal « de référence » avait apparemment « oublié » que Mme Tlaib, au cours de son premier mandat de deux ans (2018-2020) a au contraire été une des parlementaires des plus actives, en faveur d’une hausse du salaire minimum à 18 $ (16 €) de l’heure, d’un programme national de suppression des canalisations en plomb qui affectent encore de nombreux quartiers pauvres, de la création d’une assurance maladie universelle, de l’interdiction des prélèvements ADN sur les migrants arrêtés, etc.

Apparemment, les électeurs Démocrates y ont été sensibles, puisque mardi, Rachida Tlaib a gagné la primaire, avec 66% des voix, contre 34 % à sa concurrente.

Sa réélection en novembre à la Chambre des Représentants est à présent considérée comme quasiment certaine, puisque la circonscription est acquise de longue date aux Démocrates, les Républicains de Trump n’étant même pas sûrs d’y engager un candidat.

Par CAPJPO-EuroPalestine (publié le 05/08/2020)
A lire sur le site EuroPalestine

24 juin 2020

Appel de Jordan Valley Solidarity

Chers amis, 
Le monde se réveille maintenant avec ce que nous connaissons depuis des années. 
Notre terre, nos moyens de subsistance et notre existence même sont menacés par les projets d'Israël d'annexer notre terre et de piller ses ressources naturelles. 

Nous appelons tous les militants de base à agir le 1er juillet ou aux alentours de la Journée de la rage. 


Publiquement, l'État israélien commencera l'annexion le 1er juillet 2020. En réalité, elles ont déjà commencé. Au cours des derniers mois, nous avons connu une escalade : attaques de colons, démolition de maisons familiales, destruction d'installations sanitaires et d'approvisionnement en eau, et occupations militaires de nos communautés. Des "réserves naturelles" ont été créées comme prétexte pour confisquer des terres, et des panneaux désignant des villages palestiniens sont en train d'être enlevés. Cette semaine, la route vers Ka'abne et Jabal al-Baba, à la périphérie de Jérusalem-Est, a été bloquée, empêchant les mouvements d'entrée et de sortie de ces deux communautés palestiniennes. 

Au moment où nous écrivons ces lignes, l'occupation planifie les détails de la prochaine étape de son expansion coloniale. Nous devons planifier notre résistance. 


Nous exigeons que toutes les institutions étatiques et internationales imposent des sanctions immédiates à Israël, en soutenant l'appel unanime de la société civile palestinienne en faveur de sanctions. 
L'annexion a été condamnée par des spécialistes du droit international, des experts des droits de l'homme internationaux nommés par les Nations unies, l'UE et de nombreux gouvernements. 
Nous devons traduire leurs paroles en actes et nous savons qu'ils ne le feront que sous la pression de la base. 
Nous appelons tous nos amis du monde entier à prendre toutes les mesures possibles, où que vous soyez. 

Que pouvez-vous faire ? 


  • Prendre des mesures contre les entreprises qui profitent de l'apartheid israélien 
  • Écrivez à votre représentant élu 
  • Signez l'une des nombreuses pétitions 
  • Organiser une manifestation 
  • Venez dans la vallée du Jourdain - nous accueillons tout particulièrement les militants et les journalistes internationaux qui peuvent nous soutenir en enregistrant ce qui se passe, en écrivant pour nous et en étant solidaires avec nous. 
  • Faites-nous savoir ce que vous faites et utilisez les hashtags #NoToAnnexWestBank et #JordanValley 

Site web : jordanvalleysolidarity.org/ 
Courriel : info@jordanvalleysolidarity.org 
Facebook : @JordanValleySolidarityOrg 
Twitter : @jvsolidarité 

Copyright © 2020 Jordan Valley Solidarity, Tous droits réservés. 

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11 février 2020

« Il faut sortir du sionisme »

Extraits
d'un Interview de Michel Staszewski par Arnaud Lismond-Mertes, paru dans le n° 101 de Ensemble !, le quadrimestriel du Collectif Solidarité Contre l’Exclusion (décembre 2019), dans le cadre d’un volumineux dossier consacré à la définition de l’antisémitisme prônée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), qu’on peut lire ici  :   http://www.asbl-csce.be/journal/Ensemble101.pdf . Les pages auxquelles renvoie cet interview concernent ce dossier.

Note personnelle de Michel Simonis :
C'est moi qui ai choisi les extraits et mis certains passages en évidence. En générale ce sont les éléments du textes qui m'ont paru les plus éclairants, qui m'ont le mieux aidé à y voir plus clair moi-même.
Je vous invite bien entendu à lire l'article entier dans sa version originale sur le blog de Michel Staszewski

 (http://michel-staszewski.blogspot.com/ )

Michel Staszewski est historien de formation, il a enseigné pendant plus de quarante ans dans l’enseignement secondaire en Belgique. Membre de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), ancien administrateur du MRAX (Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie), il s’intéresse, depuis très longtemps, au conflit israélo-palestinien et au sionisme, ainsi qu’aux questions liées aux différentes formes de racisme, dont l’antisémitisme. Il a publié de nombreux articles sur ces différents sujets (2). Au-delà de son expertise, M. Staszewski est également une personne engagée sur ces questions pour laquelle «  être antisioniste, c’est lutter pour l’égalité des droits en Palestine-Israël  » ou qui estime, plus globalement, que les luttes contre les inégalités et les racismes doivent aller de pair. La manière de lutter contre l’antisémitisme qu’il promeut est dès lors très différente de celle que proposent les adeptes de la définition de l’IHRA.

(...) Je conteste la thèse, à laquelle M. Zomersztajn (1) fait allusion, selon laquelle il existerait un «  nouvel antisémitisme  » qui serait né au début des années 2000. Les préjugés hostiles aux Juifs qui circulent aujourd’hui n’ont rien de neuf.
Pour une part, il s’agit de ceux qui proviennent de l’ancienne doctrine anti-judaïque de l’Eglise catholique, qui qualifiait les Juifs de «  peuple déicide  » et leur attribuait collectivement la responsabilité de la mort du Christ.
Pour une autre part, il s’agit des préjugés antisémites théorisés dans le dernier quart du XIXe siècle, notamment par l’allemand Wilhem Marr, qui a forgé le terme «  antisémitisme  » dans un contexte où la haine des Juifs (appréhendés comme «  sémites  ») ne se fondait plus sur une vision religieuse du monde, mais sur des théories pseudo-scientifiques concernant les prétendues «  races humaines  », les mêmes qui, à cette époque, légitimaient les entreprises coloniales européennes. C’est de cette période que date la création des stéréotypes des Juifs «  formant une sous-race  », et en même temps tous (ou la plupart) riches, fourbes et fomentant des complots secrets pour établir leur «  domination mondiale  » à travers le contrôle de l’économie, des gouvernements, des médias, etc. Ce sont toujours ces préjugés-là qui caractérisent l’antisémitisme contemporain. 

Ces anciens préjugés antisémites trouvent aujourd’hui une nouvelle vigueur. Elle s’explique en grande partie par la non-résolution de ce qu’il est convenu de nommer le «  conflit israélo-palestinien  ».

En effet, le mépris constant de l’État d’Israël pour les décisions de l’ONU et pour le droit international, ainsi que l’impunité dont il bénéficie, renforcent le fantasme de la «  toute puissance des Juifs»… D’autant qu’Israël prétend être «  l’État des Juifs  » et qu’en Belgique, comme dans de nombreux pays, il n’est pas rare que des journalistes utilisent eux-mêmes les termes «  État juif  » ou «  État hébreu  » pour parler d’Israël. 
 
Si l’on veut nommer les choses correctement et ainsi ne pas donner de l’eau au moulin de l’antisémitisme, je pense qu’il est important de récuser ce type d’appellation qui relève de la vision sioniste. Mieux vaut s’en tenir au nom officiel «  d’État d’Israël  » (faute de mieux car celui-ci est aussi excluant puisque ne se référant qu’aux seuls «  israélites  », autrement dit aux Juifs ) car, dans cet État (hors territoires occupés), vivent au moins 30  % de non-juifs. Par ailleurs, pour comprendre les enjeux actuels du «  conflit  », il faut savoir qu’aujourd’hui, sur le territoire de la Palestine historique, entièrement sous la domination israélienne depuis juin 1967, les Juifs sont désormais démographiquement minoritaires. J’ajoute que l’idée, diffusée par la propagande israélienne et sioniste, selon laquelle l’État d’Israël serait «  soutenu par l’ensemble des Juifs  » nourrit l’antisémitisme en diffusant l’idée que les Juifs seraient tous solidaires des politiques illégales et racistes menées par cet État. C’est encore plus dangereux pour les Juifs dans le contexte où la politique israélienne est sans cesse plus intransigeante, extrémiste et criminelle. D’autant que, pour défendre sa politique (ce qui est de plus en plus difficile par des arguments rationnels) devant l’opinion internationale, l’État d’Israël instrumentalise l’accusation d’antisémitisme pour couper court à toute critique, ce qui amène beaucoup de confusion en la matière. 

(...)
Il faut rappeler ce dont on parle.
Le sionisme est une doctrine politique née à la fin du XIXe siècle et dont le but est la création d’un État juif, sur une terre non-européenne, en tant qu’État-refuge pour les Juifs persécutés dans le monde et considérés comme formant un seul peuple. Ce projet a été défini en 1896 par le Juif austro-hongrois Theodor Herzl dans son livre «  L'État des Juifs  ». On était alors en pleine période coloniale. La Palestine, qui, à cette époque, faisait partie de l’empire Ottoman, ne fut pas initialement le seul lieu envisagé pour la création de cet État. Certains ont songé à l’Ouganda, à Madagascar, à l’Argentine, etc. Vers la fin de la Première guerre mondiale, en 1917, l’empire Ottoman s’est écroulé et, au moment où le Royaume-Uni a pris possession de la Palestine, le mouvement sioniste mondial est parvenu à obtenir de Lord Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique,   une déclaration indiquant que son gouvernement envisageait favorablement l’établissement d’un «  foyer national pour les Juifs  » en Palestine. Ce fut une grande victoire pour le mouvement sioniste, compte-tenu notamment qu’avant l’arrivée des premiers colons juifs sionistes, il y avait moins de 5% de Juifs en Palestine, lesquels parlaient arabe et n’étaient pas sionistes.
 (...)
 C’est une des raisons pour lesquelles, aujourd’hui, davantage de Palestiniens vivent en exil que sur les terres qui constituaient la Palestine au temps du mandat britannique. Cette colonisation, la création de l’État d’Israël et sa reconnaissance internationale, constituent la grande victoire du mouvement sioniste. (...) A cette époque, la plupart des Juifs religieux étaient antisionistes, tout comme les Juifs du Bund (mouvement ouvrier juif présent dans l’Empire russe) ou les Juifs communistes. D’autres s’étaient engagés dans la voie de l’assimilation dans les pays où elle était possible… Aujourd’hui, plus de septante ans après la création de l’État d’Israël, la majeure partie des Juifs a peu ou prou adhéré à l’idéologie sioniste, même en dehors d’Israël. 

Dès lors que cet État a été créé, cela a-t-il encore un sens de se dire sioniste ou antisioniste  ? 

Oui, car la référence à l’idéologie sioniste reste incontournable pour justifier le caractère fondamentalement juif de l’État d’Israël, c’est-à-dire le fait qu’il soit organisé comme un État qui privilégie les Juifs par rapport aux autres habitants, et singulièrement aux Palestiniens, les autochtones. C’est l’idéologie sioniste qui justifie, par exemple, que cet État permette , depuis sa création et jusqu’à aujourd’hui, à n’importe quel Juif du monde - fut-il belge et très critique comme moi -, de s’y établir et de devenir citoyen israélien (en vertu de la «  loi du retour  »), tandis qu’il refuse ce droit aux Palestiniens exilés ou descendants d’exilés. C’est encore cette idéologie qui justifie la politique d’apartheid actuelle menée par Israël. Cette politique est évidente dans les territoires occupés, où les habitants palestiniens sont soumis à des lois et règlements militaires, tandis que les Juifs qui habitent dans les colonies sont soumis aux lois (civiles) israéliennes. Cette même politique d’apartheid détermine également, dans une moindre mesure, l’organisation politique sur le territoire même d’Israël, où les citoyens israéliens qui ne disposent pas de la nationalité dite «  juive  » (mais qui sont dits de nationalité «  arabe  », «  druze  »…) sont tenus à l’écart et/ou discriminés de fait et de droit dans des dimensions essentielles de leurs existences  : l’accès à la propriété de terres, les permis de construire, le droit d’habiter où ils le souhaitent, l’accès aux services publics, à l’enseignement, à des fonctions dirigeantes de l’État et dans les domaines économique, académique, culturel, etc. 

Aujourd’hui, être antisioniste c’est donc lutter pour l’égalité des droits en Palestine-Israël. A mes yeux, c’est un devoir pour les démocrates. Mais un tel point de vue est insupportable pour les sionistes.
Qu’ils soient « de gauche » (prêts à des compromis territoriaux avec les Palestiniens) ou « de droite » (refusant tout compromis), les sionistes ont en commun une vision du monde très pessimiste. Ils considèrent que l’antisémitisme ne peut être éradiqué. Il en découle que pour s’en prémunir, une seule solution est possible : les Juifs doivent « se mettre à l’abri » en vivant séparés des non-Juifs, dans un État-forteresse ; ou, au moins, pour ceux d’entre eux qui continuent à vivre en-dehors de l’« État juif », un tel État doit exister pour qu’ils puissent y trouver refuge, au cas où… Ils estiment dès lors qu’ils doivent absolument garantir le maintien d’une majorité juive en Israël, par tous les moyens et quel qu’en soit le prix pour la population non-juive. . Il s’agit selon eux d’une question de vie ou de mort.


Cette vision des relations entre Juifs et non-Juifs permet de comprendre la conviction sincère, exprimée par M. Zomersztajn et partagée par la plupart des sionistes, selon laquelle l’antisionisme n’est qu’une façade derrière laquelle se cachent des antisémites. A leurs yeux, ceux qui remettent en question le caractère sioniste de l’État d’Israël, - c’est-à-dire sa destination prioritaire   aux Juifs, ce qui implique forcément la discrimination de ses citoyens non juifs - veulent la « destruction » de cet État. De là à penser qu’ils souhaitent « renvoyer les Juifs à la mer » ou, pire, les exterminer, il n’y a qu’un pas que beaucoup de sionistes franchissent souvent. 

Tout cela ne résiste pas à un examen rationnel. Presque tous les Palestiniens sont antisionistes, puisqu’ils n’acceptent pas que le pays où ils vivent ou dont ils sont exilés soit devenu l’« État des Juifs », au prix de leur déplacement forcé ou de très fortes discriminations pour ceux qui y sont restés. Cela n’en fait pas des ennemis des Juifs. Parmi les antisionistes, se trouvent également de nombreux Juifs, partisans, comme moi, de la « désionisation » d’Israël, c’est-à-dire de sa transformation en un ou deux États démocratiques, traitant de manière égale tous ses habitants. 

Ceci dit, comme dans l’ensemble de la population, il y a des antisémites parmi ceux qui se proclament antisionistes. L’«  antisionisme  » d’Alain Soral, Dieudonné et leurs amis sert de masque à leur antisémitisme virulent. Mais c’est loin d’être le cas de la majorité des personnes qui se disent antisionistes. Assimiler de façon générale l’antisionisme et l’antisémitisme, c’est non seulement une imposture intellectuelle, mais cela favorise aussi le développement de l’antisémitisme. J’estime au contraire, qu’il est absolument indispensable, pour lutter contre l’antisémitisme, de distinguer le judaïsme du sionisme, ainsi que l’antisémitisme de l’antisionisme. C’est pour cette raison générale que M. Zomersztajn et moi-même avons des appréciations opposées de la définition de l’antisémitisme prônée par l’IHRA, et en particulier des exemples qu’elle donne liés au conflit israélo-palestinien. Il considère l’adoption d’une telle définition, avec ses exemples, comme une grande avancée  ; je la vois pour ma part comme un grand danger, non seulement pour la liberté d’expression, mais également pour la lutte contre l’antisémitisme.

Parmi les Juifs vivant en dehors d’Israël, nombreux sont ceux qui adoptent actuellement une position intermédiaire. D’une part, ils sont conscients des violations des Droits de l'Homme et de l'impasse que constituent la politique de l’État d’Israël  , de l’autre, ils ne parviennent pas à renoncer à l'idée d'un   «  État refuge  » pour les Juifs. L’explication est plus psychologique que rationnelle. C'est lié aux angoisses que les Juifs européens ressentent depuis la Seconde Guerre mondiale et le judéocide nazi, même s'ils sont nés après la fin du conflit. Cela me concerne aussi  : mes deux parents sont des rescapés de familles massacrées, je sais que je suis encore aujourd'hui marqué par ce passé tragique comme tous ceux qui portent le poids de ce type d’histoire familiale. Avraham Burg, qui fut un dirigeant politique sioniste de premier plan, a écrit un livre important qui aborde ce sujet «  Vaincre Hitler : pour un judaïsme plus humaniste et universaliste  » (Fayard, 2008). Dans ce livre, il développe l’idée que les Juifs doivent se soigner des névroses qu’ils traînent à cause du génocide, névroses qui les rendent souvent insensibles au malheur des autres, tant ils vivent eux-mêmes dans un climat psychologique angoissant. C’est un cheminement qui reste encore à parcourir pour beaucoup.
(...)
Mais est-ce que le droit légitime à l’autodétermination d’un peuple peut se réaliser aux dépends d’un autre peuple  ? Je pense que non. Il existe une solution pacifique et démocratique au conflit israélo-palestinien mais, pour y arriver, il faut en revenir au droit international et à des principes d’égalité entre les peuples et entre les personnes. On peut très bien imaginer un État binational, c’est-à-dire qui reconnaît, protège et traite à égalité les deux peuples qui le constituent. Ou encore deux États nationaux voisins, dont chacun protège ses minorités… Mais pour cela il faut sortir du sionisme, de l’idée que le seul moyen pour les Juifs de vivre en «  sécurité  » (pas en paix!), c’est de vivre, dans un endroit du monde, entre Juifs, et, à cette fin, s’assurer d’être en ce lieu, plus nombreux que les autres, plus forts, plus armés, soutenus par la plus grande puissance militaire mondiale. Il faut que les Juifs israéliens abandonnent l’idée que, pour assurer leur existence et leur droit à l’autodétermination en tant que peuple juif israélien, ils doivent dominer, discriminer, écraser et au besoin «  transférer  » les Palestiniens. Cette approche sioniste est illusoire, et il faut la combattre  : pour vivre en paix avec les autres, il faut se parler et s’entendre avec eux. La réconciliation est possible, à condition que les Israéliens acceptent de vivre à égalité avec les Palestiniens. Dire cela, ce n’est pas remettre en question l’autodétermination du peuple juif israélien, mais c’est remettre en question sa domination sur le peuple palestinien. C’est donc remettre en cause l’idéologie sioniste.   

Ceux qui défendent le point de vue inverse avancent l’idée que la fin de la domination démographique des Juifs en Israël, par exemple dans le cadre d’un État binational et/ou si le droit au retour des exilés palestiniens se concrétisait, cela conduirait à «  jeter les Juifs à la mer  » … 

Si le compromis politique se noue sur la création d’un ou deux État(s) démocratique(s), dans le sens où on le conçoit généralement en Europe, c’est-à-dire dans lequel ou lesquels les mêmes droits individuels, civils, politiques et religieux sont reconnus à tous et à toutes les minorités, ça ne devrait pas poser de problème. Regardez aujourd’hui les minorités juives dans le monde  : elles vivent bien mieux qu’en Israël  ! À commencer par le fait de ne pas devoir faire trois ans (pour les hommes) ou deux ans (pour les femmes) de service militaire, qui plus est dans un contexte hostile. L’intérêt bien compris de tout le monde est de sortir de l’impasse actuelle en Israël-Palestine. Il est faux de prétendre qu’il n’y a pas d’interlocuteur palestinien pour construire ce type de projet d’avenir. 

Tout comme l’UPJB dont vous êtes membre, vous soutenez le mouvement Boycott Désinvestissements Sanctions (BDS). Pouvez-vous expliquer ce dont il s’agit et pourquoi certains assimilent ce mouvement à de l’antisémitisme  ? 

Le mouvement BDS a été initié en 2005 par 171 associations de la société civile palestinienne, dans le but de contraindre l’État d’Israël à respecter enfin le droit international. Cette initiative est intervenue après cinquante-sept années de déni, par Israël, du droit au retour des exilés, trente-huit années d’occupation et de colonisation des territoires conquis lors de la «  Guerre des six jours  ». Après, aussi, le refus d’Israël de démanteler le mur construit dans les territoires occupés, et ce malgré sa condamnation par la Cour internationale de Justice de La Haye en 2004. Ces associations ont appelé les citoyens du monde à boycotter les produits israéliens, les entreprises à désinvestir en Israël, et les États ou organisations internationales à sanctionner l’État d’Israël. Quelles sont les revendications de ce mouvement  ?
1. La fin de l’occupation et de la colonisation des territoires occupés par Israël depuis 1967, ainsi que le démantèlement de la «  barrière de sécurité »
2. L’accès des citoyens arabo-palestiniens à une égalité de droit absolue avec les citoyens juifs de l’État d’Israël. 3. L’application de la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU de décembre 1948 consacrant le droit au retour des exilés palestiniens. 

Le constat qui inspire et justifie le mouvement BDS est que l’ONU et les grandes puissances ne font rien d’efficace pour imposer à Israël le respect du droit international et des droits fondamentaux des Palestiniens. Les organisations qui ont lancé l’appel au BDS en prennent acte, et demandent dès lors aux citoyens démocrates du monde de faire eux-mêmes, pacifiquement, pression sur l’État d’Israël. Celui-ci développe des efforts considérables pour criminaliser le mouvement BDS, l’assimiler d’une façon absurde à de l’antisémitisme, et le faire interdire. C’est un signe qu’il s’agit là d’un moyen de pression relativement efficace. L’UPJB soutient ce mouvement. Tout comme le font, en Europe et dans le monde, beaucoup d’autres organisations juives   engagées pour une paix juste au Proche-Orient.
(...)

Pour lutter contre l’antisémitisme aujourd’hui, quel type d’approche préconisez-vous  ? 
 
L’antisémitisme existe bien en Belgique. Il a connu ces dernières années un regain d’intensité parfois meurtrière. Il y a néanmoins une grande différence, en Belgique, entre l’antisémitisme et l’islamophobie ou la négrophobie  : les Juifs sont beaucoup moins victimes de discriminations, sans doute en partie parce que leur judéité est généralement moins apparente. Les préjugés haineux concernant les Juifs existent cependant toujours, et ne doivent pas être minimisés. Mais comment lutter sérieusement contre ceux-ci  ? Certainement pas en entretenant la confusion entre «  les Juifs  » et   «  État d’Israël  », ou entre   «  antisémitisme  » et   «  antisionisme  ». Il faut au contraire veiller à bien distinguer ces choses, ce que ne font ni le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), ni la mal nommée «  Ligue belge contre l’antisémitisme  ». 

Une action juridique répressive peut être pertinente face à des passages à l’acte violents ou des comportements discriminatoires. Je pense toutefois que la lutte contre l’antisémitisme ne peut se passer d’un travail pédagogique de clarification et de déconstruction des préjugés. C’est à cela que contribue l’UPJB, l’association juive dont je suis un membre actif, la seule en Belgique francophone à se dire «  non sioniste  » (tout en ne se revendiquant pas collectivement «  antisioniste  », car différentes sensibilités existent sur ce point à l’intérieur de l’association). C’est d’ailleurs pour cela que nous ne sommes pas membre du CCOJB, lequel a statutairement pour objet social, notamment, le «  soutien par tous les moyens appropriés à l’État d'Israël, centre spirituel du judaïsme et havre pour les communautés juives menacées  ». 

Il m’arrive d’être confronté à l’expression de préjugés antisémites, que ce soit chez un de mes voisins, chez un de mes élèves lorsque j’étais enseignant, ou dans le mouvement de solidarité pour les droits des Palestiniens. Je ne les laisse jamais passer sans réagir lorsque j’en suis témoin. Ma façon de les combattre, c’est d’entamer, lorsque c’est matériellement possible, un dialogue avec les personnes qui les expriment, dans le but de les déconstruire par une discussion argumentée. Il existe pour ce faire des méthodes éprouvées, pratiquées de longue date en milieu associatif et dans le monde scolaire  : il s’agit en substance de confronter les personnes porteuses de préjugés à des réalités qui les démentent. C’est notamment ce que fait l’UPJB, tout comme l’Association belgo-palestinienne. Je pense que nous sommes très bien placés pour le faire, car nous ne pouvons pas être accusés de complicité ou d’indulgence coupable avec des «  crimes contre des Musulmans  » ou «  contre les Arabes  », perpétrés par l’État d’Israël. J’ai travaillé les vingt dernières années de ma carrière de professeur d’histoire dans un athénée bruxellois très multiculturel, qui comprenait beaucoup d’élèves de familles arabo-musulmanes. Chaque année, j’abordais dans mes cours le sujet du judéocide nazi. J’ai été parfois été confronté à des réactions du type «  pourquoi parle-t-on toujours des Juifs  ?  »,  «  On en parle trop  », etc. J’ai constaté qu’après discussion avec ces élèves, ils acceptent très bien que l’on traite de la Seconde guerre mondiale, de la politique raciste et génocidaire des nazis, à condition d’également laisser une place dans le cours pour aborder les problèmes de racisme auxquels eux-mêmes et leurs parents sont confrontés. Pour être crédible en tant qu’antiraciste, il faut être prêt à s’engager contre toutes les formes de racisme, sans quoi on établit de facto une hiérarchie entre les groupes discriminés, ce qui constitue en soi une forme de racisme. (...)

Une dernière considération sur le combat antiraciste de manière générale. Le monde socialement fracturé d’aujourd’hui favorise la peur de l’Autre et/ou le ressentiment, donc les comportements racistes. (...)
Je suis convaincu que pour combattre efficacement le racisme, il est indispensable de lutter contre les inégalités sociales. C’est dire que je ne crois pas à l’efficacité d’un antiracisme de droite. Mais le combat contre les préjugés et les discriminations ne peut être négligé au nom d’une priorité de la lutte contre les inégalités sociales. 
 

(1) Zomersztajn, N. (2019), Une définition actualisée de l'antisémitisme, in Regards, n° 1037, 1.2.19

(2) Beaucoup sont disponibles sur son blog  : http://michel-staszewski.blogspot.com/


16 novembre 2019

Palestine. Quelques tableaux parlants


 
Made in illegality / outils infographiques
1er juillet 2019 

https://plateforme-palestine.org/Made-in-illegality-outils-infographiques

 





Sources :
 www.btselem.org

Sources :
 https://www.ochaopt.org/data/demolition
https://peacenow.org.il


Article associé :
Les ONG saluent la décision de la Cour de justice de l’Union européenne sur l’étiquetage des produits des colonies israéliennes Colonisation Entreprises et colonies Produits des colonies Droit international Coopération économique UE/Israël Politique française
 12 novembre 2019
 


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29 mars 2019

Le 30 mars... Pourquoi le 30 mars ?

Le 30 mars, Journée de la Terre palestinienne,
il y aura un an qu'a commencé la Grande Marche du Retour à Gaza.

Retour dans l'histoire :  la Journée de la Terre,  30 mars  1976
Le 19 février 1976, le gouvernement israélien annonça sa décision de confisquer 25 000 dunums (2500 hectares) de terre en Galilée.

À la suite de cette décision, les Palestiniens vivant en Israël répliquèrent par la grève générale, suivant le mot d’ordre lancé par la Conférence Nationale pour la Défense des Terres Arabes (front constitué en septembre 1975, réunissant des villageois, maires et conseillers municipaux des principaux villages arabes, en Galilée et dans la région du Triangle, la seconde région de peuplement arabe en importance à l’intérieur d’Israël) avec les chefs traditionnels de la communauté druze et les chefs tribaux des Bédouins du Néguev.

En dépit des pressions, des menaces et d'une campagne hostile menée par la presse israélienne, la grève eut lieu le 30 mars.

La présence de l'armée israélienne transforma la grève en manifestation, puis en révolte.

En même temps, les Palestiniens de Cisjordanie et Gaza se mirent en grève, en solidarité avec leurs frères, citoyens d'Israël.

Bilan de la journée : 6 morts, une centaine de blessés et des centaines d'arrestations.

Cette logique de confiscation des terres a conduit progressivement les Palestiniens vivant en Israël à se découvrir, comme les autres Palestiniens, victimes du même processus de dépossession qui ne se poursuit pas seulement dans les Territoires occupés mais en Israël même, en Galilée et au Neguev.

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Pendant six mois, ces villages palestiniens ont eu de l’eau courante. Israël y a mis fin.






Pendant six mois, ces villages palestiniens ont eu de l’eau courante. Intolérable pour l’occupant israélien…



Pendant six mois, des villageois palestiniens vivant en Cisjordanie sur une terre qu’Israël considère comme une zone de militaire fermée, ont vu leur rêve d’eau courante devenir réalité. Puis l’administration civile israélienne y a mis fin.

Le rêve devenu réalité, sous la forme d’une canalisation d’eau de deux pouces (5 cm), était trop beau pour être vrai. Pendant environ six mois, 12 villages palestiniens des collines au sud de Hébron ont joui d’une eau courante claire. Cela, jusqu’au 13 février, lorsqu’une équipe de l’Administration Civile israélienne, accompagnée de soldats et de la police des frontières est arrivée avec deux bulldozers.


Pour l’empêcher de s’approvisionner en eau, l’armée d’occupation a fait arracher les conduites
 d’eau installées par la populations sur des terres privées dans le but de parvenir enfin à chasser
 les Palestiniens de chez eux pour favoriser l’expansion de la colonisations.

Les soldats ont déterré les tuyaux, les ont coupés et sciés et ont regardé les jets d’eau qui en giclaient. Environ 350 mètres cubes d’eau ont été gaspillés. L’administration civile a confisqué des restes et des sections de tuyaux de 6 km environ sur un réseau de 20 km de longueur. Ils les ont chargés sur des camions à ordures à l’effigie de Ramat Gan, une banlieue de Tel Aviv.

Le travail de démolition a duré six heures et demie. La construction du réseau d’adduction d’eau avait pris à peu près quatre mois. Ce fut clairement un acte de rébellion civile dans l’esprit du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King contre une des privations les plus brutales qu’Israël impose aux villages palestiniens de la zone C, la partie de la Cisjordanie qui est totalement sous contrôle israélien. Cela empêche les Palestiniens de se brancher sur les infrastructures d’eau existantes.

Les grottes qui servent d’habitation dans le district de Masafer Yatta, au sud de Hébron et les anciennes citernes de collecte d’eau de pluie confirment la revendication des villageois selon laquelle leurs villages existent depuis des décennies, bien avant la fondation de l’État d’Israël. Dans les années 1970, Israël a déclaré que quelque 30.000 dounams (3.000 ha) étaient dans la “Zone de Feu 918”.

En 1999, sous les auspices des négociations entre Israël et l’Autorité Palestinienne, l’armée a chassé les habitants des villages et a démoli leurs structures ainsi que leurs systèmes d’adduction d’eau. Le gouvernement a prétendu que les habitants s’introduisaient dans la zone de feu, alors même que c’étaient leurs terres et qu’ils vivaient là bien avant que la Cisjordanie soit conquise par Israël.
Lorsque cette question fut portée devant la Cour Suprême [israélienne], celle-ci approuva un retour partiel dans les villages mais ne permit pas la construction de branchements d’infrastructures de services. Des tentatives de médiation ont échoué parce que l’État exigeait que les habitants quittent leurs villages et aillent vivre dans la ville cisjordanienne de Yatta et viennent faire paître leurs troupeaux et travailler la terre seulement quelques jours bien précis dans l’année.
Mais les habitants ont continué à vivre dans leurs maisons, au risque de raids militaires et d’actes de démolition – dont la démolition d’équipements publics tels les écoles, les centres de soins et même les toilettes. Ils ont renoncé à beaucoup de choses pour pouvoir maintenir leur vie de bergers, mais pas à l’eau.

« La saison des pluies s’est beaucoup réduite dans les années récentes, jusqu’à environ 45 jours par an » a expliqué Nidal Younès, le président de Conseil des villages du district de Masafer Yatta. « Par le passé, nous ne remplissions pas immédiatement les citernes d’eau de pluie, pour les laisser se vider et les nettoyer d’abord. Depuis que la quantité de pluie a diminué, les gens ont stocké l’eau directement. Le résultat est que l’eau sale a fait du mal aux moutons et aux gens ».

Parce que le nombre d’habitants s’est accru, même dans les années de pluie abondante, à un certain moment les citernes sont vides et les bergers apportent de l’eau par tracteurs. Ils transportent un réservoir de 4 mètres cubes le long des mauvaise routes de la zone – qu’Israël n’a pas permis d’élargir ni de goudronner. « L’eau est passée au premier rang des dépenses des familles » dit Younès.

Dans le village de Halawa, il a montré Abou Ziyad, un homme d’environ 60 ans. « Je le vois toujours sur un tracteur, apportant de l’eau ou se mettant en route pour rapporter de l’eau ».
Parfois les tracteurs se renversent et les conducteurs sont blessés. Les pneus s’usent rapidement et des jours de travail précieux sont gâchés. « Nous nous enfonçons dans l’endettement pour payer le transport de l’eau » dit Abou Ziyad.

En 2017, l’Administration Civile 1 et l’armée israélienne ont fermé et démoli les routes menant aux villages, que le Conseil avait précédemment réussi à élargir et à reconstruire. Cela fut fait pour faciliter le transport de l’eau en particulier, mais aussi, plus généralement, pour donner un meilleur accès aux villages.

L’association de droite Regavim a mis en avant le grand crime commis en élargissant les routes et a fait pression sur l’Administration Civile et l’armée pour que ces travaux soient détruits. « La souffrance des habitants s’est accrue » remarque Younès. « Nous nous sommes demandé comment résoudre le problème de l’eau ».

La solution, pas vraiment surprenante, a été d’installer des tuyaux de transport de l’eau depuis la principale canalisation du village d’Al-Tuwani, en passant par des terres privées appartenant à des habitants des autres villages. « J’ai vérifié et regardé s’il y avait une quelconque interdiction à faire passer des canalisations d’eau sur des terres privées et n’en ai trouvé aucune », dit Younès.

 

 Un travail réalisé par des volontaires

Le travail de plomberie a été fait par des volontaires, la plupart du temps de nuit et sans grosses machines, presque à mains nues. Ali Debabseh, âgé de 77 ans, du village de Khalet al-Daba, s’est rappelé le moment où, lorsqu’il a ouvert le robinet placé près de sa maison, il s’est lavé le visage avec de l’eau courante. « J’avais envie de sauter de joie. J’étais heureux comme un jeune marié avant la noce ».

Oumm Fadi du village de Halawa a aussi eu recours au mot « joie » en décrivant les six mois au cours desquels elle a eu un robinet près de la petite cabane dans laquelle elle vit. « L’eau était propre, pas teintée de marron par la rouille ou la poussière. Je n’avais pas besoin d’aller aussi loin que la citerne pour avoir de l’eau, ni besoin de mesurer chaque goutte ».
Maintenant, il est de nouveau plus difficile de se refaire à la dépendance d’une eau provenant d’un réservoir.

Les tuyaux, les connexions et les compteurs d’eau ont été achetés avec un don européen de 100.000 €. Au lieu de payer 40 shekels (près de 10 €) par mètre cube pour de l’eau apportée dans des réservoirs d’eau, les habitants payaient seulement 6 shekels pour la même quantité d’eau courante. D’un seul coup, non seulement ils économisaient de l’argent, mais ils gagnaient un temps précieux.
L’adduction d’eau aurait pu aussi faire économiser de l’argent aux contribuables européens. Un projet européen prévoyant d’aider les habitants à rester dans leurs maisons avait été monté et fonctionnait depuis 2011 ; il apportait un financement annuel de 120.000 € pour couvrir le coût de l’achat et du transport d’eau potable pendant les trois mois d’été pour les habitants (mais non pour leurs troupeaux).

Le coût était basé sur un calcul comprenant la consommation de 750 litres par personne et par mois, bien au-dessous de la quantité recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Il y a entre 1.500 et 2.000 habitants. Le projet facilitait beaucoup la vie dans une aussi pauvre communauté, qui continuait à payer de sa poche l’eau pour quelque 40.000 moutons et pour l’eau potable pour les habitants le reste de l’année. Maintenant que l’Administration Civile a démoli les canalisations d’eau, les pays européens donateurs seront peut-être obligés de payer de nouveau le prix élevé du transport de l’eau durant les mois d’été, à sept fois le prix.

Pour sa part, l’Administration Civile a publié une déclaration notant que la zone est une zone militaire fermée. « Le 13 février », disait la déclaration, « une action coercitive a été effectuée contre une adduction d’eau connectée à des structures illégales dans cette zone et qui avaient été construites sans les permis nécessaires » 2.

Ismail Bahis aurait pu être déçu par l’installation des canalisations l’an dernier. Lui et se frères, qui résident à Yatta, possèdent les réservoirs d’eau et étaient les principaux fournisseurs des villages du district de Masafer Yatta. Par un système de coupons achetés auprès des donateurs européens, ils recevaient 800 shekels (195,5€) par livraison de 20 mètres cubes d’eau. Mais Bahis a dit qu’il était heureux d’avoir été désavantagé par ce travail.

« Les routes vers les villages du district de Masafer Yatta sont rudes et dangereuses, en particulier après que l’armée les a fermées » a-t-il dit. « Chaque trajet de quelques kilomètres prenait au mois trois heures et demie. Une fois mon camion s’est renversé avec le réservoir. Une autre fois, l’armée a confisqué le camion de mon frère, arguant qu’on était dans une zone militaire fermée. On nous a rendu le camion trois semaines plus tard contre 5.000 shekels (1.200 €). Nous avions toujours des dépenses supplémentaires pour remplacer des pneus et autres réparations du camion».

Nidal Younès a relaté que le Conseil a signé un contrat avec un autre transporteur d’eau pour répondre à la demande. Mais ce fournisseur a abandonné au bout de trois semaines. Il n’était pas d’accord pour conduire sur ces routes en mauvais état et périlleuses.

Le 13 février, Younès a entendu l’important détachement militaire envoyé par l’Administration Civile commencer à démolir les canalisations d’eau près du village d’Al-Fakhit. Il s’est précipité sur place et s’est mis à discuter avec les soldats et l’équipe de l’Administration Civile.

 

Arrestations par la police des frontières

Des officiers de la police des frontières l’ont arrêté, menotté et mis dans une jeep. Son collègue, le dirigeant du Conseil d’Al-Tuwani, Mohammed al-Raba’i, s’est aussi approché de ceux qui exécutaient la démolition, pour protester. « Mais ils m’ont arrêté quand j’ai prononcé deux mots. Au moins Nidal a réussi à en dire beaucoup plus » dit-il avec un sourire qui cache sa tristesse.
Deux équipes ont mené à bien la démolition, l’une vers le village de Jinbah, au sud-est, l’autre avançant dans la direction d’Al-Tuwani, au nord-ouest. Ils ont aussi démoli l’accès à la route conduisant au village de Sha’ab al-Butum, de manière que même si Bahis voulait transporter de l’eau de nouveau, il aurait à faire un grand détour.

Younes a été choqué d’apercevoir quelqu’un nommé Marco dans l’équipe de démolition. « Je me le rappelle du temps où j’étais enfant, dans les années 1980 quand il était inspecteur de l’Administration Civile. En 1985, il a supervisé la démolition de maisons dans notre village de Jinbah – deux fois pendant Ramadan et l’Aïd al-Fitr (qui marque la fin du mois saint de Ramadan) » a-t-il dit.
« Ils le connaissaient très bien dans tous les villages de la zone parce qu’il assistait à toutes les démolitions. Le nom de Marco était un synonyme d’esprit diabolique. Nos parents qui l’ont vu détruire leurs maisons, sont morts. Il a disparu et soudain il est réapparu » dit Younes.

Marco c’est Marco Ben-Shabbat, qui a dirigé l’unité de supervision de l’Administration Civile au cours des dix dernières années. En s’adressant à un reporter du quotidien Israel Hayom qui accompagnait les soldats exécutant la démolition, Ben-Shabbat a dit : « Le projet d’adduction d’eau n’est pas le fait d’un village. L’Autorité Palestinienne a évidemment placé un gestionnaire de projet ici et fait un gros investissement ».

Ce sont, plus précisément, des gouvernements européens qui avaient investi.

De tous les villages où l’Administration Civile a détruit des canalisations d’eau, les avant-postes juifs de Mitzpeh Yaïr et de Avigayil sont visibles au sommet des collines. Bien qu’ils ne soient pas autorisés et qu’ils soient illégaux, même selon la législation laxiste des colonies israéliennes, les avant-postes ont été connectés presque immédiatement à des réseaux d’eau et d’électricité et ce sont des routes goudronnées qui y mènent.

« J’ai demandé pourquoi ils démolissaient les canalisations d’eau » a rappelé Nidal Younès. Selon lui, un des officiers de la police des frontières lui a répondu, en anglais, en lui disant que c’était fait pour remplacer les Arabes par des Juifs.
Amira Hass

Cet article de Amira Hass a été publié par Haaretz sous le titre «For Six Months, These Palestinian Villages Had Running Water. Israel Put a Stop to It» le 22 février 2019.
Traduction pour AURDIP par SF
La volonté d’asphyxie des villages palestiniens de la zone de Hébron a déjà été évoquée dans un précédent article de Amira Hass reproduit sur ce site. L’emprise de l’armée d’occupation sur la vie des populations civiles qu’elle cherche à évincer était évoquée dans un autre article encore.

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Notes
1. Branche de l’armée israélienne qui gère tous les aspects de la vie des civils palestiniens dans les territoires qu’elle occupe – NDLR
2. On le sait, les prétendus “permis nécessaires” ne sont pratiquement jamais octroyés, les procédures pour les obtenir étant le prétexte servant à l’occupant à extorquer des sommes considérables à la population civile sous sa domination – NDLR

24 septembre 2018

La démolition de Khan al Ahmar, le transfert de ses habitants. En attendant l’annexion pure et simple ?

Dossier

“Israël : La démolition de Khan al Ahmar et le transfert de ses habitants sont des crimes de guerre.”

En attendant l’annexion pure et simple ?


1. 


RFI les voix du monde, le 28 décembre 2016


Une colonie à l'est de Jérusalem pourrait bientôt être annexée par Israël.
Presque un mois après l'adoption de la résolution de l'ONU 2334, condamnant la colonisation dans les Territoires Palestiniens, la droite religieuse affiche clairement sa volonté d'annexer Maale Adumim.
La colonie pourrait alors être régie par la loi israélienne.
Une première et un nouveau tour de force vivement critiqué par les Palestiniens.


Un projet de loi portant sur l'annexion de Ma'ale Adumim vise à appliquer la souveraineté de la loi sioniste déjà existante dans la zone E1.
Cette zone qui s'étend sur une superficie de 12 kilomètres carrés, a été incluse dans la zone d'influence la colonie Maale Adumim, qui s'étend au nord et à l'ouest de la Cisjordanie, et l'annexion signifie la séparation du nord de la Cisjordanie du sud, ce qui, par conséquent rend difficile l'établissement d'un Etat palestinien avec une continuité géographique.

  En savoir plus sur  https://french.palinfo.com/30203
 @Copyright Le  Centre Palestinien D’Information

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2. 

Plantées sur des collines à l'est de Jérusalem et fondée en 1975, Maale Adumim est l'une des plus grosses colonies de Cisjordanie. Et le projet de loi présenté, entre autres par le parti nationaliste religieux, Le foyer juif, viserait à y faire appliquer la loi israélienne.
D'interminables rangées de maisons aux toits rouges plantées sur des collines à l'est de Jérusalem. Fondée en 1975, Maale Adumim est l'une des plus grosses colonies de Cisjordanie. Et le projet de loi présenté, entre autres par le parti nationaliste religieux, Le foyer juif, viserait à y faire appliquer la loi israélienne.
Une annexion pure et simple, dénoncent les Palestiniens.
Ce chantier qui pourrait relier Maale Adumim à Jérusalem validerait l'annexion et menacerait ainsi la continuité territoriale de la Cisjordanie.


Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a lui-même pris ses distances avec ce projet de loi controversé.
Située sur un axe stratégique, à l'est de Jérusalem, la colonie de Maale Adumim, qui possède plus de 40 000 habitants, est devenue le nouveau cheval de bataille de la droite israélienne qui plaide pour l'annexion pure et simple de pans entiers de la Cisjordanie.

Avec notre correspondante à Ramallah,  Marine Vlahovic

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3.

 VOIR la Carte interactive : https://www.btselem.org/map
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4.  

CNCD

L’expansion des colonies fait dire à de nombreux acteurs, dont le Secrétaire général des Nations Unies, qu’Israël mène aujourd’hui non plus une occupation, mais bien une annexion « de facto » du territoire palestinien. (…)
Ainsi la récente « loi de régularisation » légalise rétroactivement l’établissement de colons sur les terres privées palestiniennes, laissant aux propriétaires palestiniens un droit à une compensation, mais aucun droit d’appel. La Knesset, le parlement israélien, a par ailleurs voté ici une loi anti-démocratique puisqu’elle s’applique à la Cisjordanie, donc hors du territoire israélien, sans que les Palestiniens n‘y soient représentés. Fin décembre 2017, le Comité central du parti a par ailleurs voté en faveur de l’annexion définitive de la zone C par Israël afin de permettre la construction sans entraves de nouvelles colonies. Le vote en juillet 2018 de la loi fondamentale israélienne sur l’Etat nation juif a enfin érigé la colonisation en « valeur nationale », obligeant l’Etat à l’encourager, la promouvoir et la consolider.
Parallèlement, l’armée israélienne détruit régulièrement les infrastructures palestiniennes situées en zone C, prétextant une absence de permis, alors même que l’octroi de permis pour ces infrastructures est quasiment inexistant. L’objectif est simple et rappelle à nouveau le plan Allon : regrouper les Palestiniens dans les zones peuplées, afin d’annexer des terres sans annexer des Palestiniens. C’est le sort vécu aujourd’hui par la communauté bédouine de Khan al Ahmar. Située entre Jérusalem-Est et la colonie israélienne de Maale Adumim, sur le site appelé « E1 », elle empêche la construction d’une nouvelle colonie. Or la construction sur le site de E1 couperait la Cisjordanie en deux parties et mettrait définitivement fin à la solution à deux Etats. Le 5 septembre dernier, la Cour Suprême israélienne a approuvé la démolition des infrastructures et le transfert forcé de la communauté de Khan al Ahmar. Pour rappel, le transfert forcé de population constitue un crime de guerre en vertu de l’article 8 du Statut de Rome.
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Articles AMNESTY INTERNATIONAL :

5.

Israël : La Cour suprême statue en faveur de la démolition du village de Khan al Ahmar

Le 5 septembre 2018

La Cour suprême israélienne, a décidé pour la deuxième fois en moins de deux mois, de donner son feu vert à la démolition de Khan al Ahmar, après avoir rejeté les dernières requêtes désespérées des habitants de ce village de Cisjordanie.


« Avec cette décision honteuse et manifestement illégale, la Cour suprême confirme une forme de complicité dans le transfert forcé des communautés palestiniennes pour l’expansion de colonies réservées aux seuls juifs. Elle prive les requérants de toute protection que leur fournit le droit international humanitaire, tout en validant la politique discriminatoire des autorités israéliennes,
a déclaré Saleh Higazi, responsable du bureau d’Amnesty International à Jérusalem.


Voir aussi (ci-dessous) : Israël : La démolition de Khan al Ahmar et le transfert de ses habitants sont des crimes de guerre


«  Si la communauté internationale ne prend pas immédiatement les mesures nécessaires pour empêcher ce crime d’avoir lieu, des milliers d’autres Palestiniens autour de Jérusalem et dans la vallée du Jourdain risquent d’être déplacés de force de manière imminente.  »


Complément d’information

Khan al Ahmar se trouve à l’est de Jérusalem, près des colonies illégales israéliennes de Maale Adumim et Kfar Adumim. Le transfert par Israël de ses citoyens, et de plus de 200 autres personnes, pour les installer dans ces colonies bafoue le droit international et constitue un crime de guerre.

Khan al Ahmar est l’une des 46 communautés palestiniennes en Cisjordanie centrale qu’Israël veut transférer de force pour laisser place à des colonies illégales réservées aux juifs. Le 24 mai, la Cour suprême israélienne a statué en faveur de la démolition du village.

Le 4 juillet, l’armée israélienne a tenté d’expulser de force les habitants de Khan al Ahmar, attaquant violemment ces habitants et des militants solidaires. Les habitants ont alors engagé de nouvelles actions juridiques dans l’espoir de protéger leur village.


Ces 10 dernières années, à Khan al Ahmar, plus de 25 logements ont été démolis par les autorités israéliennes. Le village compte plus de 160 bâtiments, dont une école, une mosquée et un centre de soins, pour la plupart faits de tôle ondulée et de bois.

Le transfert forcé de personnes vivant sous occupation est une grave violation de la Quatrième Convention de Genève. Au titre de l’article 8 du Statut de Rome, la déportation ou le transfert à l’intérieur ou hors du territoire occupé de la totalité ou d’une partie de la population de ce territoire constitue un crime de guerre.
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6.

Israël : La démolition de Khan al Ahmar et le transfert de ses habitants sont des crimes de guerre

Le 5 juillet 2018 

https://www.amnesty.be/infos/actualites/article/israel-la-demolition-de-khan-al-ahmar-et-le-transfert-de-ses-habitants

La politique d’Israël consistant à transférer de force des Palestiniens hors de chez eux et à implanter des civils israéliens dans les territoires palestiniens occupés viole la Quatrième Convention de Genève et est considérée comme un crime de guerre. 

Dans la matinée du 5 juillet, les forces de sécurité ont bouclé les zones entourant le village de Khan al Ahmar, afin de préparer la démolition du village tout entier, dont des écoles, des terres agricoles, une mosquée et les maisons de toutes les familles qui y vivent.

«  Poursuivre la démolition de Khan al Ahmar témoigne d’une profonde cruauté et équivaut à un transfert forcé, ce qui constitue un crime de guerre. L’État d’Israël doit rendre des comptes pour ces graves violations de la Quatrième Convention de Genève, une norme qu’il s’est lui-même fixée et qu’il demande aux autres nations de respecter. La communauté internationale a la responsabilité de veiller au respect des Conventions de Genève. Il faut stopper la démolition de Khan al Ahmar," a déclaré Magdalena Mughrabi, directrice par intérim du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

« La décision de la Cour suprême est extrêmement dangereuse et elle risque d’établir un précédent pour les autres communautés qui s’opposent aux projets des autorités israéliennes visant à les réinstaller dans des centres urbains. Les autorités israéliennes doivent respecter leurs obligations juridiques internationales, et abandonner tout projet de transfert forcé des habitants de Khan al-Ahmar et de toute autre communauté.  »


Complément d’information

Khan al Ahmar se situe à environ deux kilomètres au sud de la colonie de Kfar Adumin, en Cisjordanie occupée. Les Bédouins qui y vivent souffrent des violences commises régulièrement par des colons, y compris contre les enfants, et des attaques visant leurs habitations. Les autorités israéliennes ont refusé d’amener l’eau et l’électricité jusqu’à ce village, et restreint les pâtures pour les bêtes des villageois.

Les habitants de Khan al Ahmar se battent depuis 2009 contre les décisions prises par les autorités de détruire leurs bâtiments et installations, y compris l’« école en pneus ». Cette année-là, des habitants des colonies israéliennes de Kfar Adumin, d’Alon et de Nofei Prat, situées non loin de ce village, ont demandé à la Cour suprême israélienne de permettre à l’armée israélienne d’appliquer les décisions de destruction en suspens.

Le village de Khan al Ahmar fait partie des 46 communautés palestiniennes de Cisjordanie dont les habitants risquent d’être transférés de force en raison des projets israéliens de réinstallation et des pressions exercées sur eux pour qu’ils partent. Ces villages sont situés dans le secteur appelé « Zone C » aux termes des accords d’Oslo signés en 1993 par Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Dans ces zones, qui couvrent plus de 60 % de la Cisjordanie occupée, l’armée israélienne continue d’exercer un contrôle total sur la sécurité. L’administration civile israélienne, une instance militaire, supervise quant à elle l’aménagement du territoire.

L’armée israélienne a récemment annoncé de nouveaux projets de destruction des villages d’Aïn el Héloué et Umm Jamal (situés dans la vallée du Jourdain), de Jabal al Baba (à l’est de Jérusalem) et d’un cinquième des bâtiments du village palestinien de Susiya (dans les collines du sud d’Hébron).
La politique d’Israël consistant à implanter ses civils dans les territoires palestiniens occupés, à détruire gratuitement des biens et à transférer de force des Palestiniens vivant sous occupation viole la Quatrième Convention de Genève, et ces agissements constituent des crimes de guerre énumérés dans le Statut de la Cour pénale internationale.

Depuis 1967, Israël a procédé à l’expulsion et au déplacement forcés de communautés entières et détruit plus de 50 000 habitations et structures palestiniennes.

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