27 août 2014

Question (im)petinente

14/07/2014
Que ferait le monde si les morts de Gaza étaient Israéliens ?
 René Backmann, Journaliste au Nouvel Observateur

Question : que se passerait-il si le bilan était inversé ? Si les frappes palestiniennes avaient fait en une semaine 179 morts et 1.140 blessés en Israël, détruit ou endommagé plus de 2.300 habitations de Haïfa ou Jérusalem, chassé 21.600 Israéliens de leurs foyers et privé d’électricité 75% de Tel Aviv ?

Lire l'article dans le Nouvel Obs...

21 août 2014

Desmond Tutu aux Israéliens : Libérez vous !

Extrait d'un message d'AVAAZ :

Chers amis,

C’est la première fois qu’une tribune est dédiée à notre communauté, mais c’est une tribune historique.

 
 L’Archevêque Desmond Tutu vient juste de publier un appel vibrant à la conscience dans un journal israélien. Le prix Nobel, figure incontournable de la lutte anti-apartheid, se range aux côtés de 1,7 million d’entre nous, et appelle aux désinvestissements pour contrer l’occupation et la répression en Palestine. Il incite les israéliens (dont 87% soutiennent les bombardements de Gaza) à se libérer de ce statu quo terrible. Il faut absolument le lire.


Son éditorial est ici.

L’article a été publié uniquement dans un journal israélien, mais c’est un moyen terriblement efficace de légitimer ce que certains gouvernements voient encore comme une position controversée -- le reste du monde doit le voir. Partageons-le avec tout le monde !
_____________________________

Mon plaidoyer pour le peuple d'Israël : Libérez-vous en libérant la Palestine

L'archevêque émérite Desmond Tutu, dans un article exclusif pour le journal Haaretz, appelle à un boycott mondial d'Israël et demande aux Israéliens et aux Palestiniens de réfléchir au delà de leurs dirigeants à une solution durable à la crise en Terre Sainte.




Publié initialement sur http://www.haaretz.com/opinion/1.610687. Traduction par la communauté d'Avaaz

Les dernières semaines, des membres de la société civile du monde entier ont lancé des actions sans précédent contre les ripostes brutales et disproportionnées d'Israël au lancement de roquettes depuis la Palestine.

Si l'on fait la somme de tous les participants aux rassemblements du week-end dernier exigeant justice en Israël et en Paslestine - à Cape Town, Washington, New-York, New Delhi, Londres, Dublin et Sydney, et dans toutes les autres villes - cela représente sans aucun doute le plus important tollé de l'opinion citoyenne jamais vu dans l'histoire de l'humanité autour d'une seule cause.

Il y a un quart de siècle, j'ai participé à des manifestations contre l'apartheid qui avaient rassemblé beaucoup de monde. Je n'aurais jamais imaginé que nous assisterions de nouveau à des manifestations d'une telle ampleur, mais celle de samedi dernier à Cape Town fut au moins aussi importante. Les manifestants incluaient des gens jeunes et agés, musulmans, chrétiens, juifs, hindous, bouddhistes, agnostiques, athéistes, noirs, blancs, rouges et verts... C'est ce à quoi on pourrait s'attendre de la part d'une nation vibrante, tolérante et muticulturelle.

J'ai demandé à la foule de chanter avec moi : "Nous sommes opposés à l'injustice de l'occupation illégale de la Palestine. Nous sommes opposés aux assassinats à Gaza. Nous sommes opposés aux humiliations infligées aux Palestiniens aux points de contrôle et aux barrages routiers. Nous sommes opposés aux violences perpétrées par toutes les parties. Mais nous ne sommes pas opposés aux Juifs."

Plus tôt dans la semaine, j'ai appelé à suspendre la participation d'Israël à l'Union Internationale des Architectes qui se tenait en Afrique du Sud.

J'ai appelé les soeurs et frères israéliens présents à la conférence à se dissocier activement, ainsi que leur profession, de la conception et de la construction d'infrastructures visant à perpétuer l'injustice, notamment à travers le mur de séparation, les terminaux de sécurité, les points de contrôle et la construction de colonies construites en territoire palestinien occupé.

"Je vous implore de ramener ce message chez vous : s'il vous plaît, inversez le cours de la violence et de la haine en vous joignant au mouvement non violent pour la justice pour tous les habitants de la région", leur ai-je dit.

Au cours des dernières semaines, plus de 1,7 million de personnes à travers le monde ont adhéré au mouvement en rejoignant une campagne d'Avaaz demandant aux compagnies tirant profit de l'occupation israélienne et/ou impliquées dans les mauvais traitements et la répression des Palestiniens de se retirer. La campagne vise spécifiquement le fonds de pension des Pays-Bas ABP, la Barclays Bank, le fournisseur de systèmes de sécurité G4S, les activités de transport de la firme française Véolia, la compagnie d'ordinateurs Hewlett-Packard et le fournisseur de bulldozers Caterpillar.

Le mois dernier, 17 gouvernements européens ont appelé leurs citoyens à ne plus entretenir de relations commerciales ni investir dans les colonies israéliennes illégales.

Récemment, on a pu voir le fond de pension néerlandais PGGM retirer des dizaines de millions d'euros des banques israéliennes, la fondation Bill et Melinda Gates désinvestir de G4S, et l'église presbytérienne américaine se défaire d'un investissement d'environ 21 millions de dollars dans les entreprises HP, Motorola Solutions et Caterpillar.

C'est un mouvement qui prend de l'ampleur.

La violence engendre la violence et la haine, qui à son tour ne fait qu'engendrer plus de violence et de haine.

Nous, Sud-Africains, connaissons la violence et la haine. Nous savons ce que cela signifie d'être les oubliés du monde, quand personne ne veut comprendre ou même écouter ce que nous exprimons. Cela fait partie de nos racines et de notre vécu.

Mais nous savons aussi ce que le dialogue entre nos dirigeants a permis, quand des organisations qu'on accusait de "terroristes" furent à nouveau autorisées, et que leurs meneurs, parmi lesquels Nelson Mandela, furent libérés de prison ou de l'exil.

Nous savons que lorsque nos dirigeants ont commencé à se parler, la logique de violence qui avait brisé notre société s'est dissipée pour ensuite disparaître. Les actes terroristes qui se produisirent après le début ces échanges - comme des attaques sur une église et un bar - furent condamnés par tous, et ceux qui en étaient à l'origine ne trouvèrent plus aucun soutien lorsque les urnes parlèrent.

L'euphorie qui suivit ce premier vote commun ne fut pas confinée aux seuls Sud-Africains de couleur noire. Notre solution pacifique était merveilleuse parce qu'elle nous incluait tous. Et lorsqu'ensuite, nous avons produit une constitution si tolérante, charitable et ouverte que Dieu en aurait été fier, nous nous sommes tous sentis libérés.

Bien sûr, le fait d'avoir eu des dirigeants extraordinaires nous a aidés.

Mais ce qui au final a poussé ces dirigeants à se réunir autour de la table des négociations a été la panoplie de moyens efficaces et non-violents qui avaient été mis en oeuvre pour isoler l'Afrique du Sud sur les plans économique, académique, culturel et psychologique.

A un moment charnière, le gouvernement de l'époque avait fini par réaliser que préserver l'apartheid coûtait plus qu'il ne rapportait.

L'embargo sur le commerce infligé dans les années 80 à l'Afrique du Sud par des multinationales engagées fut un facteur clé de la chute, sans effusion de sang, du régime d'apartheid. Ces entreprises avaient compris qu'en soutenant l'économie sud-africaine, elles contribuaient au maintien d'un statu quo injuste.

Ceux qui continuent de faire affaire avec Israël, et qui contribuent ainsi à nourrir un sentiment de « normalité » à la société israélienne, rendent un mauvais service aux peuples d'Israël et de la Palestine. Ils contribuent au maintien d'un statu quo profondément injuste.

Ceux qui contribuent à l'isolement temporaire d'Israël disent que les Israéliens et les Palestiniens ont tous autant droit à la dignité et à la paix.

A terme, les évènements qui se sont déroulés à Gaza ce dernier mois sont un test pour ceux qui croient en la valeur humaine.

Il devient de plus en plus clair que les politiciens et les diplomates sont incapables de trouver des réponses, et que la responsabilité de négocier une solution durable à la crise en Terre Sainte repose sur la société civile et sur les peuples d'Israël et de Palestine eux-mêmes.

Outre la dévastation récente de Gaza, des personnes honnêtes venant du monde entier - notamment en Israël - sont profondément perturbées par les violations quotidiennes de la dignité humaine et de la liberté de mouvements auxquelles les Palestiniens sont soumis aux postes de contrôle et aux barrages routiers. De plus, les politiques israëliennes d'occupation illégale et la construction d'implantations en zones tampons sur le territoire occupé aggravent la difficulté de parvenir à un accord qui soit acceptable pour tous dans le futur.

L'Etat d'Israël agit comme s'il n'y avait pas de lendemain. Ses habitants ne connaîtront pas l'existence calme et sécuritaire à laquelle ils aspirent, et à laquelle ils ont droit, tant que leurs dirigeants perpétueront les conditions qui font perdurer le conflit.

J'ai condamné ceux qui en Palestine sont responsables de tirs de missiles et de roquettes sur Israël. Ils attisent les flammes de la haine. Je suis opposé à toute forme de violence.

Mais soyons clairs, le peuple de Palestine a tous les droits de lutter pour sa dignité et sa liberté. Cette lutte est soutenue par beaucoup de gens dans le monde entier.

Nul problème créé par l'homme n'est sans issue lorsque les humains mettent en commun leurs efforts sincères pour le résoudre. Aucune paix n'est impossible lorsque les gens sont déterminés à l'atteindre.

La paix nécessite que le peuple d'Israël et le peuple de Palestine reconnaissent l'être humain qui est en eux et se reconnaissent les uns les autres afin de comprendre leur interdépendance.

Les missiles, les bombes et les invectives brutales ne sont pas la solution. Il n'y a pas de solution militaire.

La solution viendra plus probablement des outils non violents que nous avons développés en Afrique du Sud dans les années 80 afin de persuader le gouvernement sud africain de la nécessité de changer sa politique.

La raison pour laquelle ces outils - boycott, sanctions et retraits des investissements - se sont finalement avérés efficaces, est qu'ils bénéficiaient d'une masse critique de soutien, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Le même type de soutien envers la Palestine dont nous avons été témoins de par le monde durant ces dernières semaines.

Mon plaidoyer envers le peuple d'Israël est de voir au-delà du moment, de voir au-delà de la colère d'être perpétuellement assiégé, de concevoir un monde dans lequel Israël et la Palestine coexistent - un monde dans lequel règnent la dignité et le respect mutuels.

Cela demande un changement de paradigme. Un changement qui reconnaisse qu'une tentative de maintenir le statu-quo revient à condamner les générations suivantes à la violence et l'insécuruté. Un changement qui arrête de considérer une critique légitime de la politique de l'Etat comme une attaque contre le judaisme. Un changement qui commence à l'intérieur et se propage à travers les communautés, les nations et les régions- à la diaspora qui s'étend à travers le monde que nous partageons. Le seul monde que nous partageons !

Quand les gens s'unissent pour accomplir une cause juste, ils sont invincibles. Dieu n'interfère pas dans les affaires humaines, dans l'espoir que la résolution de nos différends nous fera grandir et apprendre par nous-mêmes. Mais Dieu ne dort pas. Les textes sacrés juifs nous disent que Dieu est du côté du faible, du pauvre, de la veuve, de l'orphelin, de l'étranger qui a permis à des esclaves d'entamer leur exode vers une Terre Promise. C'est le prophète Amos qui a dit que nous devrions laisser la justice couler telle une rivière.

À la fin, le bien triomphera. Chercher à libérer le peuple de Palestine des humiliations et des persécutions que lui inflige la politique d'Israël est une cause noble et juste. C'est une cause que le peuple d'Israël se doit de soutenir.

Nelson Mandela a dit que les Sud Africains ne se sentiraient pas complètement libres tant que les Palestiniens ne seraient pas libres.

Il aurait pu ajouter que la libération de la Palestine serait également la libération d'Israël.

20 août 2014




Cet été, l'interminable conflit entre Israéliens et Palestiniens a connu un nouveau paroxysme. En tant que citoyen européen, nous y avons assisté à travers les médias avec impuissance. 

 Plusieurs femmes, membres d'associations ou à titre personnel, s'étant rendues dans la région ont décidé de créer une "Plateforme Watermael-Boitsfort Palestine" et de mettre en place une semaine d'actions permettant de questionner nos certitudes et de revoir les clichés véhiculés par les informations partiales ou partielles. A travers films, rencontres, conférences, expositions et concert, nous vous proposons une réflexion sur le vécu de ces populations, leurs aspirations, leur combat, avec l'éclairage de personnalités exceptionnelles tant israéliennes que palestiniennes. 

Nous espérons vous y rencontrer.



Cliquer pour agrandir

12 août 2014

MESSAGE D'AVAAZ

12 août 2014

Tout peux changer dans les prochaines heures. Notre compteur a dépassé les 1,5 million de signatures et tourne toujours, et cette campagne est bien partie pour devenir la plus grande campagne de désinvestissement de l'histoire du conflit israélo-palestinien.  Des militants pacifistes de longue date ont déclaré que cette pétition pourrait marquer un tournant, et les prochains jours seront déterminants.

Voici le message d'origine. Si vous ne l'avez pas encore fait suivre aux personnes que cela pourrait intéresser, c'est le moment! (extraits)

Vers la PETITION 
Une nouvelle salve de violences vient d’éclater entre Israël et la Palestine et une fois encore, des enfants meurent. Les seuls appels au cessez-le-feu ne marchent pas, nous le savons. Il est temps de lancer des actions non-violentes pour mettre fin une fois pour toutes à des décennies de cauchemar.

Nos gouvernements ont échoué -- tout en négociant la paix et en adoptant des résolutions à l’ONU, ils continuent via leurs entreprises, à financer, à tirer profit et à investir dans la violence. La seule manière de mettre un frein à ce cercle vicieux de confiscation des terres des familles innocentes, de punitions collectives, de lancement de roquettes du Hamas, et de bombardements sur Gaza est de rendre le coût économique du conflit insoutenable.
Nous savons que ça marche - la directive européenne empêchant le financement des colonies illégales avait causé un séisme au sein du gouvernement israélien. La décision du fonds de pension néerlandais PGGM de se retirer des colonies illégales suite à un appel citoyen au boycott avait également créé une tempête politique. 

Cela ne mettra certainement pas fin aux tueries, mais l’Histoire nous a montré que souvent, le chemin de la paix passe par l’augmentation du coût de l’oppression. Cliquez sur le lien pour exhorter six banques, fonds de pension et entreprises à mettre un terme à ces investissements.

 (...)

Lors des cinq dernières semaines, trois adolescents israéliens ont été assassinés en Cisjordanie, un jeune palestinien a été brûlé vif, un enfant américain a été brutalement frappé par la police israélienne et plus de 40 enfants de Gaza sont morts sous les raids aériens israéliens. Ce n’est plus “le conflit israélo-palestinien”, c’est une guerre contre les enfants. 
(...)

À Gaza, Israël a créé la plus grande prison à ciel ouvert du monde, puis lui a imposé un blocus. Aujourd’hui, alors que les bombes pleuvent, les familles n’ont aucun endroit où se réfugier.
(...)

Ce sont des crimes de guerre que l’on n’accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi alors les accepter en Palestine? Il y a cinquante ans, Israël et ses voisins arabes sont entrés en guerre et Israël a occupé la Cisjordanie et la bande de Gaza. Occuper un territoire après une guerre est chose commune, mais aucune occupation militaire ne devrait se transformer en des dizaines d’années de tyrannie, qui ne profite qu’aux extrémistes qui prennent les innocents pour cible. Et qui souffre? La grande majorité des familles des deux côtés, des familles aimantes qui ne veulent que la liberté et la paix.

ABP, le fonds de pension néerlandais, investit dans les banques israéliennes qui financent la colonisation de la Palestine. D’énormes banques comme Barclays financent les fabricants d’armes israéliens et d’autres entreprises qui fleurissent grâce à l’occupation. Le géant de l’informatique Hewlett-Packard fournit des systèmes de surveillance sophistiqués pour contrôler les mouvements des Palestiniens. Et Caterpillar produit des bulldozers qui sont utilisés pour détruire des maisons et des fermes palestiniennes. Si nous lançons le plus grand appel jamais vu pour exhorter ces entreprises à se retirer, nous montrerons que le monde ne veut plus être complice de ce bain de sang. Les Palestiniens appellent le monde entier à soutenir cette action et les Israéliens progressistes la soutiennent également. Rejoignons-les!

https://secure.avaaz.org/fr/israel_palestine_this_is_how_it_ends_3b/?bjnBTdb&v=43759 

La bonne nouvelle, c'est que certains nous ont déjà répondu. Si Barclays se protège en clamant “ce n'est pas notre faute”, ABP, un grand fonds de pension néerlandais, a demandé à rencontrer l'équipe d'Avaaz. La pression fonctionne – pour tous les enfants qui se font tuer à Gaza, n'abandonnons surtout pas. Cliquez ci-dessous pour continuer à leur envoyer vos messages.

https://secure.avaaz.org/fr/israel_palestine_this_is_how_it_ends_pa_3/

09 août 2014

Pour aller un peu plus loin...

... et comprendre ce qui se passe

1.
"Israël avait intérêt à provoquer cette nouvelle épreuve de force"

ENTRETIEN VINCENT BRAUN Publié le samedi 19 juillet 2014 (LLB)
(Extraits)

Le Hamas menace Israël. Il veut surtout poursuivre son effort résistant, note D. Leroy.

Avec cette nouvelle épreuve guerrière, le Hamas espère alourdir son poids national au détriment de celui de l’Autorité palestinienne, et resensibiliser vis-à-vis de la cause palestinienne une opinion publique arabe et une communauté internationale éparpillées par les printemps arabes" , estime Didier Leroy, chercheur à l’Ecole royale militaire et enseignant à l’ULB. Il est spécialiste du Moyen-Orient et des mouvements de résistance islamique, le Hezbollah libanais en particulier.

Pensez-vous que le Hamas puisse tenir tête longtemps à Israël ? En a-t-il les moyens et est-ce dans son intérêt ?

Le rapport de force entre le Hamas et Tsahal est notoirement très inégal et la poursuite des tirs en provenance de Gaza en a surpris plus d’un. Il n’est pas question de véritablement "tenir tête" depuis la perspective palestinienne, mais plutôt de montrer à l’adversaire sa résilience organisationnelle et sa détermination à poursuivre l’effort résistant. Ces deux dernières années, le Hamas s’est retrouvé de plus en plus isolé sur la scène diplomatique, surtout depuis son désaveu vis-à-vis de Bachar al Assad en Syrie et la chute de Mohammed Morsi en Egypte. Le mouvement a tant bien que mal préservé le soutien de l’Iran notamment, qui continue de lui fournir les moyens et la capacité logistique de maintenir la pression sur Israël. Il est très difficile d’établir un pronostic quant à la durée du bras de fer actuel, mais le refus du cessez-le-feu (égyptien, NdlR) par le Hamas semble suggérer que celui-ci espère en sortir renforcé au moins sur le plan politique vis-à-vis de l’Autorité palestinienne.

Le Hamas a décliné mercredi la proposition de trêve de l’Egypte, alors que sa branche armée l’avait déjà rejetée la veille. Est-ce le signe que, dans les tiraillements internes, la tendance radicale prend le dessus ?

Il me semble raisonnable de penser que la composante armée du Hamas a davantage de pouvoir décisionnel qu’il y a deux ans, dans la mesure où le leadership politique du Hamas a pris des positions vis-à-vis de la Syrie et de l’Egypte qui se sont rapidement retournées contre l’organisation. A l’échelle du fameux "axe de la résistance", il va de soi que la relation s’est radicalement refroidie avec le régime syrien et le Hezbollah… Et que l’approvisionnement en armes du Hamas par la République islamique d’Iran au nom de la lutte anti-israélienne ressort désormais comme plus vital que jamais pour la survie du mouvement dans son ensemble.

Connaissant la figure du martyre qu’il cultive, le Hamas met-il, à dessein, en danger les civils gazaouis en opérant aussi depuis des zones urbaines ? Cette tactique ne risque-t-elle pas de se retourner contre lui, sur la longueur, si les frappes de Tsahal font encore beaucoup de victimes civiles ?

La martyrologie, partiellement empruntée au Hezbollah libanais (chiite), fait désormais partie intégrante de la culture politique, militaire et religieuse prônée par le Hamas (sunnite). Celle-ci n’est toutefois pas automatiquement liée au fait de lancer des opérations militaires depuis des zones urbaines. Le caractère profondément asymétrique du conflit qui se déroule à Gaza, combiné aux petites dimensions géographiques du territoire considéré, imposent à la force combattante la plus faible d’avoir recours à ce mode opératoire.

Toute tentative palestinienne de mener une guerre "conventionnelle" représenterait une aubaine pour Tsahal qui anéantirait son ennemi militaire en quelques heures. Au-delà de cela, la population gazaouie est très certainement épuisée à l’extrême par ce cercle vicieux, mais les plaintes n’ont pas beaucoup l’occasion de s’exprimer dans le contexte d’un territoire sociétalement noyauté par le Hamas et géographiquement emmuré par l’Egypte et Israël.

On sait qu’Israël n’a pas digéré la réconciliation palestinienne, prélude à "la réunification" entre Gaza et la Cisjordanie qu’il redoute. N’avait-il pas tout à gagner à engager une nouvelle épreuve de force puisque, ce faisant, il fait voler en éclats la réunion palestinienne, en même temps qu’il épuise les effectifs humains et les arsenaux du Hamas ?

Le gouvernement de Benjamin Netanyahou avait un intérêt certain à provoquer cette nouvelle épreuve de force à Gaza. Si la réconciliation palestinienne a fait couler beaucoup d’encre, je reste personnellement convaincu que cette question n’a été qu’une raison parmi d’autres tout aussi importantes pour Israël. Sur le plan régional, n’oublions pas que le front nord (gardé par le Hezbollah) représente une menace bien plus importante du point de vue de la sécurité nationale israélienne, et que l’évolution des choses en Syrie reste source de nombreuses inquiétudes.

L’offensive actuelle permet d’amenuiser les stocks de roquettes du Hamas et de semer à nouveau la discorde entre les différents acteurs palestiniens. Elle permet également, et surtout, à l’armée israélienne de tester à nouveau - et donc d’améliorer - les performances de son bouclier antimissiles "Kipat Barzel" (dôme de fer) . C’est uniquement lorsque celui-ci aura fait preuve d’une efficacité optimale, que Tsahal pourra envisager, avec une confiance accrue, une nouvelle guerre ouverte avec les hommes de Hassan Nasrallah (le chef du Hezbollah, NdlR) .

http://www.lalibre.be/actu/international/israel-avait-interet-a-provoquer-cette-nouvelle-epreuve-de-force-53c9639e35702004f7d7179e

2.
"Viser Gaza à la racine"

Pour le politologue Sébastien Boussois, spécialiste d’Israël, le Hamas s’impose en maître du jeu.
Il vient de publier "Gaza. L’impasse historique" (Ed. du Cygne) où il met au jour les racines du problème.

• Quel message le Hamas veut-il faire passer en refusant de proroger le cessez-le-feu ?

J’ai toujours été persuadé que le Hamas sortirait vainqueur de ce conflit. Car le Hamas n’est pas délogé. Il a non seulement rempli son rôle premier de résistance, mais a aussi gagné un succès d’estime et d’image. Il donne l’impression aux Palestiniens, sinon qu’il peut être un leader charismatique, que quelqu’un les défend avec caractère et autorité, même si c’est dans le drame. Du coup, le Hamas apparaît comme le maître du jeu dans les négociations. L’Autorité palestinienne est affaiblie. Elle paie le prix de sa collaboration avec Israël sur la question de la sécurité. Les Palestiniens ne sont pas plus en sécurité. Au contraire, ils se retrouvent dans une des guerres les plus terribles qu’ils ont eue en trente ans, du moins à Gaza.

• Israël semble profiter de ce conflit pour focaliser l’attention sur le Hamas, terroriste, et ne plus parler des autres Palestiniens…

Oui. La bonne raison de ne pas négocier avec le Hamas, c’est de dire que les Palestiniens c’est le Hamas. Je pense qu’il y a deux volontés de la part d’Israël. Je pense que (le Premier ministre) Netanyahou procède au parachèvement du "politicide" de l’Autorité palestinienne. Le terme fait référence à la volonté délibérée, au moment du siège de la moukata (le siège de la présidence palestinienne, dès 2001, NdlR) de ne plus faire de l’Autorité palestinienne, ou des autorités privilégiées, de véritables interlocuteurs.

Il y a aussi une volonté de "jeunocide", visant la jeunesse de Gaza. La mort de plus de 400 enfants ne répond peut-être pas à une volonté délibérée, cela fait partie des dommages collatéraux de la guerre. Mais je pense qu’il y a une volonté terrifiante, en visant les écoles, les hôpitaux - et pas seulement parce que le Hamas y cache ce qu’il veut -, de couper à la racine toute possibilité à cette société de perdurer. Je crois qu’il y a une volonté de préempter l’avenir de cette population en agissant à la racine. Une volonté d’en finir avec une population de résistants, qui l’était déjà face aux tribus d’Israël il y a plus de trois mille ans. Quoi qu’il en soit, Israël a créé des milliers d’enfants du malheur. Un jour, il en payera le prix humain parce qu’un enfant n’oublie jamais.

• Pourquoi les Gazaouis sont-ils historiquement des résistants ?

Par sa situation géographique. (...) Gaza est à la croisée des voies commerciales et elle a un accès relativement privilégié à la Méditerranée et vers la péninsule Arabique. Donc elle a toujours attiré la convoitise et sa population s’est inscrite en permanence dans un processus de résistance à l’envahisseur, à l’ennemi. Du coup, on comprend mieux l’intérêt et les débats visant à en faire une zone internationale ou démilitarisée.

J’ai l’impression qu’il y a une volonté d’en finir humainement avec Gaza. Je pense que le gouvernement israélien n’a jamais digéré le retrait (ordonné) par Ariel Sharon en 2005. Ces 8 000 colons nourrissent une haine farouche, politiquement parlant. Pour eux, ce morceau de territoire doit à nouveau faire partie des rêves israéliens.

Entretien Vincent Braun, LLB (extraits)

http://www.lalibre.be/actu/international/viser-gaza-a-la-racine-53e4fd693570667a63919ad2


3.
A l’origine du conflit, l’extrême droite israélienne

Une opinion de Manuel Abramowicz, membre de l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) et rédacteur en chef du journal en ligne RésistanceS. be
(extraits)

Dans l’ombre de la droite nationaliste sioniste, des groupes radicaux s’activent de plus en plus. Ils s’attaquent aux militants juifs qui manifestent contre les actuels bombardements de Gaza.

En Israël, à chaque raid meurtrier contre les Palestiniens, le mouvement antiguerre, essentiellement composé de militants de la gauche radicale, s’est systématiquement mobilisé. La société civile et politique de ce pays reste extrêmement divisée entre "faucons" et "colombes". Les premiers représentent les partisans de la guerre totale contre les Palestiniens; les seconds revendiquent des accords de paix en vue de la création d’un véritable Etat palestinien, libre et indépendant.

La fracture entre les deux camps est de plus en plus marquée et s’exprime souvent par des violences. En Israël ainsi qu’au sein d’organisations ultrasionistes diasporiques (comme par exemple la Ligue de défense juive en France), la radicalisation de l’extrême droite s’observe de manière inquiétante.
Le phénomène s’est encore cruellement manifesté par le supplice du jeune Palestinien Mohammed Abou Kheider (16 ans). Par vengeance suite aux révélations (tardives) faites sur l’assassinat de trois adolescents juifs qui avaient été enlevés par des Palestiniens, il a été enlevé et brûlé vif par six extrémistes israéliens. Un crime monstrueux qui a choqué tant l’opinion palestinienne qu’israélienne.
Jeunes colons, les meurtriers de Mohammed Abou Kheider, selon plusieurs médias, sont proches de la "Familia", "un groupe de supporteurs du Betar Jérusalem, l’équipe de football, connus pour leurs débordements racistes anti-Arabes. Tous évolueraient également dans une mouvance religieuse d’extrême droite", a précisé le 7 juillet dernier le quotidien français "Le Figaro".

Au sein même du pouvoir politique, la droite nationaliste radicale est bien ancrée. Depuis 2001, des dirigeants de celle-ci bénéficient de postes de ministres importants dans le gouvernement national. L’un de ses représentants les plus illustratifs, Avigdor Lieberman, est non seulement le leader du parti Israel Beitenou ("Israël notre maison"), mais aussi le ministre des Affaires étrangères et vice-Premier ministre du gouvernement conduit par Benyamin Netanyahou. Lors du scrutin de 2012, le parti de Lieberman s’est présenté en cartel avec le Likoud. Les deux formations capteront ensemble plus de 23 % des électeurs israéliens.
Depuis, la tendance d’ultradroite présente également dans le Likoud a gangrené un poids en interne encore plus important.

Dans son programme électoral, le Likoud veut aussi le "renforcement [de] la construction en Judée-Samarie et [la] préservation des intérêts vitaux d’Israël face aux pressions internationales". La Judée-Samarie est le terme biblique utilisé par les nationalistes juifs - favorables à la colonisation - pour désigner l’ensemble de la Cisjordanie, le territoire palestinien reconnu par les institutions internationales. Comme l’extrême droite, le parti libéral revendique clairement son annexion, via sa colonisation, suivant en cela à la lettre le projet historique du "Grand Israël". Un projet voulu ouvertement par la droite nationaliste, dont les racines se trouvent dans le "sionisme révisionniste" porté, dès le début des années 1920, par son leader, le fasciste juif Vladimir Jabotinsky (1880-1940). Ce dernier avait été traité de "Vladimir Hitler" par David Ben Gourion en personne, le futur fondateur de l’Etat d’Israël et chef de son premier gouvernement.

Force est d’observer qu’en Israël, l’extrême droite n’est pas un phénomène marginal. Elle participe activement au pouvoir. Elle est même dans le pouvoir en détenant des postes clés du gouvernement national depuis près de quinze ans. Cette droite agressive est favorable à la colonisation des territoires palestiniens, à l’expulsion de ses habitants historiques et à la guerre totale contre Gaza. Elle exerce une influence considérable sur la stratégie belliqueuse du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Elle est à l’origine du conflit permanent israélo-palestinien.

http://www.lalibre.be/actu/international/israel-avait-interet-a-provoquer-cette-nouvelle-epreuve-de-force-53c9639e35702004f7d7179e

Les enfants de GAZA


Des enfants de Gaza tentent vaille que vaille d’extérioriser une violence omniprésente





Des gazaouis passent devant ce qui reste d’une plaine de jeux dans le district de Beit Hanoun dans le nord de Gaza, pendant une courte trêve.
A Jabaliya, dans une école du nord de la bande de Gaza reconvertie en un refuge précaire, des éducatrices distribuent crayons de couleurs et feuilles à une ribambelle d’enfants agités, en leur demandant de dessiner ce qui leur passe par la tête.
 
Selon l’Unicef, environ 300 enfants ont été tués depuis le début des affrontements entre l’armée israélienne et les islamistes du Hamas dans la bande de Gaza. Et ceux en vie tentent de ne pas trop intérioriser la violence vécue, vue et entendue.
"Ces enfants vivent des expériences extrêmes. C’est vraiment difficile pour eux de comprendre ce qui se passe, pourquoi leur vie est en danger, pourquoi ils ont dû fuir leur maison, pourquoi ils ont dû trouver un autre endroit où vivre, pourquoi ils ont vu ces choses traumatisantes… Alors nous les laissons exprimer ce qu’ils ressentent" , explique le psychiatre Iyad Zaqout qui gère les programmes communautaires de santé mentale de l’Onu dans la bande de Gaza.
Syndromes posttraumatiques nocifs.
"Des événements traumatisants causent souvent une distorsion cognitive. La façon dont ils perçoivent ce qui s’est passé peut être tronquée. Ils peuvent par exemple se blâmer eux-mêmes, ou leurs voisins, et cela peut être très nocif pour eux… Nous tentons donc de contrer ces idées négatives" , dit-il, affirmant diagnostiquer des syndromes du stress posttraumatique et des dépressions adolescentes.
Mais difficile de pousser très loin la thérapie. Dans la bande de Gaza, 460 000 habitants, soit un quart de la population, ont dû fuir chez des proches ou dans les refuges de l’Onu. Un peu moins d’une centaine d’éducateurs y "traitent" plus d’une centaine de milliers d’enfants.
A part des cas lourds, les enfants n’ont pas accès à des rencontres privées avec psychologues, psychiatres et leur aide. Et encore moins à un suivi.
Gaza a déjà vécu sous le feu lors des opérations de 2008-2009, puis en 2012. Mais les conséquences de cette nouvelle guerre entre Israël et le Hamas sont plus lourdes. Selon l’Unicef, 326 000 mineurs ont aujourd’hui besoin de soins psychologiques dans la bande de Gaza. Si les enfants et adolescents réfugiés dans les centres de l’Onu peuvent suivre des ateliers de groupe, des centaines de milliers d’autres affectés par la guerre errent sans soutien dans des quartiers ravagés.
D'après AFP Publié le dimanche 03 août 2014 (LLB) (extraits)



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Les enfants, atroce dégât collatéral de la guerre à Gaza

AFP Publié le mercredi 23 juillet 2014 (LLB)

Le bilan de plus en plus lourd des mineurs tués à Gaza dans les hostilités entre Israël et le mouvement Hamas alarme la communauté internationale qui réclame une protection pour ces enfants pris dans les violences.
Il n'est pas de journée ni de nuit qui n'apporte les terribles nouvelles d'enfants tués lors de bombardements israéliens dans la bande de Gaza.

"Jusqu'à présent, il y a eu plus d'enfants qui ont péri sous le feu israélien que de combattants palestiniens", affirme samedi les ONG War Child et Defence for Children International (Défense Internationale des Enfants) dans un communiqué.

Selon un bilan publié samedi par l'Unicef, plus de 70 mineurs ont péri - sur un total d'environ 340 morts décomptés par les services de secours de Gaza - depuis le début de l'opération militaire israélienne le 8 juillet. Dans le même temps, 637 mineurs ont été blessés à Gaza, et 4 en Israël par des tirs de roquettes palestiniennes, a précisé l'Unicef.

"Du 8 juillet jusqu'au 19 juillet à 04H00 du matin, au moins 73 enfants palestiniens ont été recensés comme décédés à la suite de frappes aériennes et de bombardements aériens, par mer et par des forces terrestres", a déclaré à l'AFP Catherine Weibel, porte-parole de l'Unicef pour la Palestine.
Parmi eux, 53 garçons et 20 filles de moins de 18 ans. Plus de la moitié n'avaient pas 12 ans.
"La plus jeune victime était âgée de trois mois", a précisé Mme Weibel.


"Nous avons déjà vu trop de morts de civils, dont beaucoup d'enfants comme ceux tués sur une plage de Gaza", a déploré la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton qui a appelé à une enquête rapide sur les décès de mineurs.
Mercredi après-midi, quatre garçons âgés de 9 à 11 ans se sont fait tuer par une frappe israélienne sur une plage, près du port de la ville de Gaza, sous les yeux de journalistes. Au moins cinq autres ont été blessés. Les journalistes ont vu les gamins survivants terrifiés, certains ensanglantés, remonter la plage en hurlant pour se réfugier dans un hôtel.
"Ils étaient en train de jouer sur la plage. Ils étaient allés au port pour sortir du camp (de réfugiés) de Chati (plus au nord, près de la frontière avec Israël, NDLR) parce qu'il y a beaucoup de bombardements là-bas", a raconté à l'AFP un parent d'une victime lors des funérailles. "Ils ont couru droit à la mort".


- 'Marqués à vie' -

L'armée israélienne, qui assure avoir ciblé des "terroristes du Hamas", le mouvement islamiste qui contrôle l'enclave palestinienne, a promis d'enquêter "consciencieusement" sur ce drame.

"Les morts annoncées de civils sont un résultat tragique", a répondu l'armée, soulignant qu'Israël n'avait pas "l'intention de faire du mal à des civils entraînés par le Hamas dans la réalité d'un conflit urbain".

"Quand on se bat, il y a des erreurs", a reconnu samedi un officier israélien sous couvert de l'anonymat.

La bande de Gaza est un territoire exigu où s'entassent 1,8 million de Palestiniens, soit l'une des densités de population les plus fortes au monde. C'est dans cette jungle urbaine que se déroulent les hostilités, Israël accusant les combattants du Hamas de se servir de la population civile comme d'un "bouclier humain".
Face au nombre de mineurs tués, l'Unicef a fait part de sa "profonde inquiétude".
"Les enfants doivent être protégés de la violence. Ils ne doivent pas être les victimes d'un conflit dont ils ne sont aucunement responsables", a plaidé Catherine Weibel.

La responsable de l'Unicef s'inquiète aussi des effets à long terme des violences sur des enfants qui, pour certains, en sont à leur troisième guerre depuis l'Opération israélienne "Plomb Durçi" en décembre 2008-janvier 2009.
"Vous avez des enfants qui vont être marqués à vie à cause de ce qu'ils voient", souligne Catherine Weibel.

Avant même le dernier cycle de violence, quelque 60.000 enfants de Gaza nécessitaient un soutien psychologique, selon l'Unicef. Évidemment, ce nombre va s'amplifier sitôt cette guerre terminée.
Samedi, une coalition d'associations palestiniennes de défense des droits de l'Homme et d'agences humanitaires a appelé à un "cessez-le-feu immédiat", et à la levée du blocus israélien, pour sauver la vie des enfants de Gaza.

Quelques touches à contre courant...


1.
Plaider la paix reste difficile

En ces temps troublés, la voix des Israéliens prônant la fin des combats est inaudible.

Aude Marcovitch, Correspondante à Tel Aviv

Ils sont là tous les soirs, place de la Cinémathèque à Tel Aviv. Il y a une tente, des chaises, une petite scène et des gens qui viennent écouter ceux qui pensent, selon le slogan placé bien en évidence, que "ça ne s’arrêtera pas, jusqu’à ce qu’on se parle" .
Les organisateurs de ce sit-in sont les membres du Forum des familles israéliennes et palestiniennes victimes du conflit. Ils ont décidé d’en faire un rendez-vous quotidien lorsqu’a démarré ce cycle de violences, il y a un mois et demi. "Nous sommes des familles israéliennes et palestiniennes. Chacune a perdu un proche dans le conflit. Et nous disons : ‘ Assez !’ La vengeance n’engendre que des morts, des morts et encore des morts" , affirme Doubi Schwartz, le codirecteur israélien de l’association. Ce grand gaillard à la gentillesse immanente estime "qu’on peut commencer un processus de réconciliation, même aujourd’hui, même en temps de guerre" .

"Nous devons nous connaître"

La même idée est défendue par Tsurit Sarig. Cette dame au regard tranquille vient de raconter une fois encore son histoire à ceux venus entendre d’autres voix au milieu du marasme du conflit. Son fils Guy a été tué en 1996, alors qu’il participait à une patrouille mixte israélo-palestinienne prise dans des échauffourées autour du mur des Lamentations. "On est sorti de cette tragédie avec beaucoup de colère et de frustration. On ne savait pas comment faire pour poursuivre notre quotidien et pour que d’autres n’aient pas à vivre pareille tragédie." Jusqu’au jour où l’association des familles des victimes leur a proposé de rejoindre ses rangs.

"Nous ne sommes pas une organisation politique qui dit au gouvernement ce qu’il doit faire , explique Tsurit. Mais nous disons que la voie de la violence n’est pas la bonne. La voie, c’est de connaître l’autre côté, comprendre ses difficultés, de la même manière qu’eux doivent nous connaître. Et démarrer la réconciliation."
Le poète Eliaz Cohen, le rabbin Gilad Kariv, à la tête du mouvement juif réformé en Israël, l’ancien gradé militaire Shaul Arieli, spécialiste des questions de frontières dans la résolution du conflit, sont venus parmi d’autres exprimer leurs points de vue sous la petite tente de la place de la Cinémathèque, rebaptisée pour l’occasion "Kikar HaShalom", place de la Paix. Dans ces moments troublés, les membres palestiniens du Forum ne sortent que peu de Cisjordanie pour venir soutenir leurs partenaires de l’association.

Parmi les passants qui observent le rassemblement, parfois, l’un d’eux insulte les participants. "Vous êtes la honte de ce pays !" , s’exclame un homme sur son scooter. Un autre se prend de bec avec un spectateur qui en retour, le traite de "fasciste". Dans une population qui soutient largement l’opération menée sur Gaza, la percevant comme un mal nécessaire pour "régler le problème du Hamas" , tenir un discours antiguerre tient de la gageure. Les télévisions ne présentent qu’à dose homéopathique la situation côté palestinien et, même si le nombre de morts palestiniens est cité aux informations, on n’y entend jamais de voix venues de Gaza.

Dans ce contexte, la comédienne israélienne Orna Banai, qui a posé en "Une" d’un quotidien local affirmant : "J’ai honte que ce soit mon peuple" , en a été pour ses frais. Déclarant son empathie pour les souffrances des deux côtés, elle a été vivement critiquée sur les médias sociaux et licenciée par la société de croisières pour laquelle elle prêtait sa voix dans des publicités. Cette compagnie expliquant "qu’elle soutenait le débat public, mais pas lors de périodes de crise".

Une voix critique, c’est aussi ce qu’ont fait entendre les quelque dix mille personnes rassemblées samedi dernier sur la place Rabin de Tel Aviv, à l’appel du parti communiste Hadash, du Forum des familles endeuillées et des Combattants de la paix, une organisation d’Israéliens et Palestiniens partisans d’une solution au conflit passant par un Etat binational. L’ancien ambassadeur Elie Barnavi était de passage l’autre soir devant la tente de la paix. "A force de multiplier ces rencontres, il se crée une culture de la paix et c’est ce qui est important , dit-il. Je pense qu’il y a deux types de personnes : celles qui voient derrière l’homme l’ennemi et celles qui voient derrière l’ennemi, l’homme."

© "LIBÉRATION" Publié le mercredi 30 juillet 2014

http://www.lalibre.be/actu/international/plaider-la-paix-reste-difficile-53d9201d35702004f7da3fe6

2.
Une photo insolite

Les membres du groupe religieux juif Neturei Karta ont organisé dimanche une manifestation à Jérusalem-Est, condamnant l'attaque meurtrière israélienne en cours contre la bande de Gaza. Les militants se sont réunis à la porte de Damas en portant des banderoles palestiniennes. La police israélienne a arrêté les manifestants de Neturei Karta, groupe qui s'oppose à la création et à l'existence d'Israël, faisant valoir que le concept entier d'un Etat juif souverain est contraire au judaïsme.

(Photo Reporters)

3.
Gaza: une église devient lieu de prière pour les réfugiés musulmans

Pour Mahmoud Khalaf, un habitant de Gaza, c'est une expérience pour le moins inhabituelle de se prosterner cinq fois par jour pour la prière musulmane sous le regard d'une icône de Jésus dans une église de l'enclave palestinienne.
Mais depuis que l'armée israélienne a commencé à pilonner sa ville de Chaaf, dans le nord de ce petit territoire de quelque 360 km carrés, il n'a pas eu d'autre choix que de se réfugier dans l'église grecque-orthodoxe Saint-Porphyre, dans le quartier du Vieux Gaza.

"Ils nous laissent prier. Cela a changé la vision que j'avais des chrétiens. Je n'en connaissais pas vraiment avant, mais ils sont devenus nos frères", explique ce musulman palestinien de 27 ans.
"L'amour entre les musulmans et les chrétiens grandit ici", témoigne-t-il.
Mahmoud Khalaf triture nerveusement son chapelet mais il se dit en même temps soulagé d'avoir trouvé refuge, avec quelque 500 autres déplacés, dans cette église dont personne n'ose imaginer qu'elle pourrait être une cible.
Il commence à s'habituer à prier dans un lieu de culte d'une religion étrangère, plus encore durant le ramadan, le mois sacré de jeûne musulman qui s'achève fin juillet.
Chaque jour, il se tourne vers La Mecque, le premier lieu saint de l'islam en Arabie saoudite, récite les versets du Coran et se prosterne, comme il le ferait dans une mosquée. 

Et les prêtres comme les paroissiens de Saint-Porphyre sont attentionnés pour leurs hôtes.

Fête des martyrs

"Les chrétiens ne jeûnent pas, bien sûr, mais ils évitent soigneusement de manger devant nous pendant la journée. Ils ne fument pas et ne boivent pas quand ils sont avec nous", observe Mahmoud Khalaf.
Mais il reconnaît qu'il est difficile de rester pieux quand les obus pleuvent alentour et que plus de 900 Palestiniens ont été tués, en majorité des civils et pour beaucoup des enfants.
"En temps normal, je suis un musulman pratiquant, mais j'ai fumé pendant ce ramadan. Et je n'observe pas le jeûne à cause de la peur et de la tension dues à la guerre", avoue-t-il.

La semaine prochaine, la grande fête du Fitr marquera la fin du ramadan. Mais pour les familles endeuillées, pour les dizaines de milliers de déplacés et pour tous ceux qui subissent encore les bombardements, le coeur ne sera pas à la fête.
"Les chrétiens et les musulmans vont peut-être célébrer l'Aïd ensemble ici", avance Sabrine al-Ziyara, une musulmane qui travaille depuis 10 ans comme femme de ménage à Saint-Porphyre.
"Mais cette année, ce ne sera pas la fête de la fin du jeûne, ce sera la fête des martyrs", dit-elle tristement.

La communauté chrétienne de Gaza compte environ 1.500 âmes, des grecs-orthodoxes pour la plupart, sur une population majoritairement musulmane de 1,8 million d'habitants. Il ne resterait plus que quelque 130 catholiques romains.

De fait, la coexistence n'est pas toujours aussi amicale. La minorité chrétienne a fait l'objet de plusieurs attaques imputées aux extrémistes islamistes et condamnés par le Hamas, qui contrôle Gaza.

Mais l'expérience de subir ensemble les bombardements, renforce les liens.
"Jésus a dit: 'Aime ton prochain'. Pas seulement ta famille, mais ton collègue, ton camarade de classe: musulman, chiite, hindou, juif", explique Tawfiq Khader, un volontaire chrétien. "Nous ouvrons nos portes à tous".

AFP Publié le lundi 28 juillet 2014 (LLB)

http://www.lalibre.be/actu/international/gaza-une-eglise-devient-lieu-de-priere-pour-les-refugies-musulmans-53d5d38a35702004f7d99d9a

 4.
Gideon Levy, journaliste israélien courageux et menacé

"Tant que les Israéliens ne percevront pas les Palestiniens comme des humains, rien ne changera."

Entretien Maria Udrescu (S t .)  

Gideon Levy, journaliste israélien pour le quotidien "Haaretz", ouvre son plus récent papier intitulé : "C’est la faute du Hamas" (Un titre ironique puisque l’article a pour objectif de dénoncer la justification de l’opération israélienne par le caractère "vicieux" et "terroriste" de l’ennemi) comme ceci : "Plus de 1 200 habitants de Gaza ont été tués, dont environ 80 % de civils. Mais les Israéliens ont les mains propres et leurs consciences sont tranquilles - si tranquilles qu’on pourrait en pleurer."

L’auteur va même jusqu’à demander : "En quoi le Hamas est-il pire que l’IDF (Armée de défense d’Israël, NdlR) dans cette guerre ? Parce qu’il veut détruire Israël ? Mais combien d’Israéliens veulent détruire Gaza ?"

Dans un contexte de guerre, où l’ennemi est par définition "le méchant suprême", cet homme a osé exprimer une opinion différente. Il a comparé les actions du gouvernement de Benjamin Netanyahou à celles du Hamas. Il a remis en question l’offensive "Bordure protectrice". Et ce n’est pas la première fois qu’il ose. L’année dernière, il avait appelé au boycott économique d’Israël. Depuis trente ans, ce journaliste documente le conflit israélo-palestinien. "Au fur et à mesure, j’ai commencé à voir ce que la plupart des Israéliens ne voient pas. La plupart ne savent pas ce que signifie l’occupation, à quel point elle est brutale, à quel point elle est illégitime. Voilà pourquoi, aujourd’hui, mes conclusions divergent de celles de la majorité. Parce que j’ai vu" , nous explique-t-il.

"La défaite morale d’Israël"

Et Gideon Levy n’est pas seul à voir les choses autrement que ses compatriotes. Le 28 juillet, Amira Hass, correspondante depuis les Territoires occupés pour "Haaretz", signait un papier intitulé : "La défaite morale d’Israël nous hantera pendant des années" , dans lequel elle s’adressait à son gouvernement. "Si la victoire signifie le traumatisme infligé à plus d’1,8 million de personnes qui se tiennent constamment prêts à être exécutés, alors vous avez gagné."
Lauréate en 2003 du prix mondial de la liberté de la presse, elle est particulièrement connue pour son livre "Boire la mer à Gaza" , où elle déplore la situation des Gazaouis et n’hésite pas à pointer du doigt tant l’incompétence des autorités palestiniennes que le mépris des Israéliens. 

Mais, à l’heure où la population et les médias israéliens soutiennent corps et âme l’offensive "Bordure protectrice", ces journalistes provoquent de vives réactions au sein de l’Etat hébreu. "On m’a critiqué, insulté, menacé. On m’a même traité de traître, alors que j’aime mon pays et que je lutte justement pour qu’il fasse les bons choix. Je dois être constamment accompagné d’un garde du corps. Tant ces voix qui me critiquent sont agressives", explique Gideon Levy.

Mais alors, peut-on encore parler d’une certaine liberté d’expression en Israël ? M. Levy soupire : "Pendant de nombreuses années, j’ai dit qu’Israël était une démocratie seulement pour ses citoyens juifs. Aujourd’hui, je vois que cela n’est pas vrai. Israël est une démocratie, mais uniquement pour les Juifs qui pensent comme la majorité. Une majorité indifférente aux souffrances des Palestiniens qui ont été totalement déshumanisés par la propagande. Car c’est ça la clé du problème. Tant que les Israéliens ne percevront pas les Palestiniens comme des êtres humains, rien ne changera."

http://www.lalibre.be/actu/international/tant-que-les-israeliens-ne-percevront-pas-les-palestiniens-comme-des-humains-rien-ne-changera-53dbcc2135702004f7dac467

5.
Elie Barnavi: "Il n’y a pas de gouvernement israélien qui puisse tenir tête aux Etats-Unis"

• Le rôle des Etats-Unis dans la mise en place d’un accord est incontournable ?

  Incontournable. Il n’y a pas de gouvernement israélien qui puisse vraiment tenir tête aux Etats-Unis. Nous dépendons des Américains, pas tellement financièrement, mais militairement et diplomatiquement. Il suffit que les Américains ne se servent pas une fois de leur veto au Conseil de sécurité et cela se passera très mal pour Israël. Mais les administrations américaines successives ont été faibles. La mission de Kerry était une caricature. Tant qu’il ne viendra pas avec son propre plan de paix sur la table, tout cela ne servira à rien.

Elie Barnavi, historien et diplomate israélien, est l’ancien ambassadeur d’Israël à Paris. Aujourd’hui enseignant à l’Université de Tel Aviv, il est un artisan du rapprochement israélo-palestinien et plaide pour la création d’un État palestinien.

• A quelles conditions pensez-vous qu’un cessez-le-feu durable entre Israéliens et Palestiniens sera possible ?

A très court terme, Israël demande l’arrêt des tirs de roquettes et la neutralisation des tunnels qui débouchent sur son territoire. Pour le Hamas, la condition la plus importante, c’est la levée du double blocus imposé par Israël et par l’Egypte. Tout cela est envisageable, mais c’est très compliqué. D’une part, nous avons le Hamas qui est un mouvement terroriste, fanatiquement religieux, voué à la destruction de son voisin. En face, vous avez l’Etat d’Israël, avec un gouvernement d’extrême droite, qui est déterminé à garder des territoires, qui fait mine d’accepter la création d’un Etat palestinien, mais qui n’a pas la moindre intention de créer les conditions capables d’y conduire.

• Le gouvernement israélien a sa part de responsabilité dans ce conflit ?

 Cela dépend du point de départ que vous choisissez. Dès lors qu’il y avait cette pluie de roquettes sur Israël, le gouvernement ne pouvait pas ne pas réagir militairement. La responsabilité d’Israël relève de la politique. Avec un gouvernement viscéralement opposé à la création d’un Etat palestinien, à la rétrocession des territoires et à l’arrêt des implantations, qui sont les conditions sine qua non d’un accord, Israël pave le chemin de la violence. On ne peut pas à la fois taper sur le Hamas, ce qui est légitime étant donné sa nature criminelle, et ignorer l’Autorité palestinienne, qui est notre partenaire naturel pour contrer le Hamas.

Notez que la plupart des Israéliens sont prêts à accepter la création d’un Etat palestinien. Toutes les études d’opinion le prouvent. Mais ils votent pour Benjamin Netanyahou. Telle est la loi de l’offre politique… C’est un serpent qui se mord la queue.

Pour autant, que le gouvernement soit de droite en Israël, là n’est pas l’essentiel. Ce qui est essentiel, c’est que quelqu’un de la Maison-Blanche prenne la décision d’en finir avec ce conflit.
 
(...)

Si on ne se sert pas de cette nouvelle flambée de violence pour aller vers une solution diplomatique, et on aura des hostilités jusqu’à la fin des temps.

ENTRETIEN MARIA UDRESCU (ST.) Publié le lundi 28 juillet 2014 (LLB)

http://www.lalibre.be/actu/international/elie-barnavi-il-n-y-a-pas-de-gouvernement-israelien-qui-puisse-tenir-tete-aux-etats-unis-53d5379c35702004f7d96f25


 

Palestine. Quelques tableaux parlants

  Made in illegality / outils infographiques 1er juillet 2019  https://plateforme-palestine.org/Made-in-illegality-outils-infographiqu...