22 juin 2010

Israël effrayé par une flottille de femmes venue du Liban

Liban

L'orient le jour,  vendredi 18 juin 2010


La presse israélienne s'est fait l'écho, hier,  de l'embarras, et même de la peur des dirigeants politiques et militaires israéliens, à la perspective de l'arrivée dans ses eaux territoriales d'un navire venu du Liban. Aucune date n'a cependant été avancée pour le départ du navire, ce qui met sur leurs nerfs les militaires israéliens, qui savent qu'ils ont très peu de temps pour intervenir.
À Maghdouché, il se confirmait hier que des dizaines de Libanaises, chrétiennes et musulmanes, sont déterminées à rallier Gaza depuis le Liban à bord d'un bateau chargé d'aides médicales afin de briser le blocus, en dépit des avertissements israéliens. Les activistes partantes se sont réunies hier, dans la prière, dans ce sanctuaire marial bien connu, situé près de Saïda, pour demander la bénédiction de leur bateau, baptisé « Mariam ». C'est Mgr Élie Haddad, archevêque grec-catholique de Saïda, qui a présidé le temps de prière. « Mariam commence à atteindre ses objectifs puisque des officiels israéliens ont exprimé leur crainte et ont envoyé des avertissements et des menaces avant de décider d'assouplir le blocus de Gaza », a déclaré la porte-parole du groupe, Rima Farah, qui n'a pas avancé de date pour le départ du navire. « Les participantes sont déterminées à avancer et nos seules armes sont notre foi en la Vierge Marie et en l'humanité », a-t-elle affirmé, insistant sur la non-affiliation de ces femmes au Hezbollah ni à une quelconque autre organisation.
Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a averti hier le Liban qu'il serait tenu pour responsable de tout départ de bateaux de ses ports à destination de la bande de Gaza. À Paris, le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon, a aussi sévèrement mis en garde le Liban contre l'envoi de ce navire.
Les activistes interceptées pourraient, cette fois, être jugées et incarcérées, et non pas expulsées, comme la première fois, ont averti des responsables israéliens. Samar el-Hajj, l'organisatrice de l'expédition à laquelle doivent, selon elle, se joindre des militants européens et des journalistes, a dit que le navire était « désormais prêt ». « Nous n'avons pas peur », a-t-elle encore déclaré.

Source :  http://groups.google.com/group/debatsujfp?hl=fr 

21 juin 2010

Les chemises moisies de Gaza

Gaza, envoyé spécial

Le Monde, 29.05.10 -  Mis à jour le 31.05.10

Ce devait être la livraison miraculeuse, comme une bouffée d'air frais en plein désert. A la mi-avril, quand Hamza Abou Helal, importateur de textile à Gaza, a vu arriver ses premiers conteneurs en l'espace de trois ans, il s'est précipité sur la cargaison, a déchiré les cartons, ouvert l'emballage plastique et... manqué défaillir.

Les chemises made in China, avec son patronyme brodé sur l'étiquette, exhalaient une odeur pestilentielle. Plus de la moitié du chargement était maculée de moisissure. Huit mille articles bons à jeter, victimes du blocus israélien. "De la Chine à Ashdod (le grand port israélien, au nord de Gaza), les conteneurs ont mis vingt-cinq jours, raconte le malheureux, face à un tas de vêtements en état de putréfaction avancée. Mais d'Ashdod à Gaza, il a fallu trois ans durant lesquels ma commande a pourri à petit feu."

Les déboires d'Hamza Abou Helal en disent long sur la mécanique du bouclage israélien de Gaza, où se mêlent hantise sécuritaire, bureaucratie ubuesque et calculs politiques, le tout empaqueté dans un feuilleton interminable aux accents tragi-comiques. A la faveur de la trêve de l'été-automne 2008 et de l'allégement du blocus qui avait suivi, le marchand gazaoui avait dédouané une partie de ses commandes, entreposées sur les docks d'Ashdod depuis juin 2007, date de la prise du pouvoir du Hamas à Gaza et du verrouillage des points de passage avec Israël.

Les camions avaient pris la route de Kerem Shalom, l'unique canal de ravitaillement de l'enclave, par où transitent les rares produits autorisés par le ministère israélien de la défense. Mais au mois de décembre 2008, avec le démarrage de la guerre de Gaza, le terminal s'était refermé devant le convoi. Dans l'incapacité de renvoyer la cargaison sous les hangars d'Ashdod, Hamza Abou Helal s'était résolu à la stocker dans le jardin de son chauffeur, exposée à l'humidité.

Un premier mois, un deuxième, un troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce que, en avril 2010, confronté à une pétition des importateurs de textile gazaouis devant la Cour suprême, le général israélien Eitan Dangot, grand ordonnateur de la mise en quarantaine de Gaza, ne consente à faire un geste. A trois conditions : que les commandes aient été passées avant juin 2007, qu'elles aient été destinées à Gaza et que le type d'article soit spécifié, suggérant par là que certains vêtements pourraient être plus dangereux que d'autres... C'est ainsi que, après d'interminables procédures, Hamza Abou Helal a réceptionné sa pile de cartons empoisonnés.

A l'énoncé de cette histoire, Ali Al-Hayek, le vice-président de l'Association des hommes d'affaires de Gaza, lâche un long soupir et saisit le revers de sa veste. "Regardez ce costume, dit-il. C'est un Pierre Cardin. Je l'ai reçu vingt-quatre heures après avoir passé commande. Il est arrivé par les tunnels creusés à Rafah sous la frontière avec l'Egypte. C'est une évidence : le blocus ne marche pas. Mieux : le Hamas en profite. Il s'enrichit grâce aux multiples taxes qu'il lève sur la contrebande." Pour Ali Al-Hayek, "les seuls qui trinquent sont les marchands traditionnels", et "si Israël voulait véritablement affaiblir le Hamas, il lèverait le blocus. Le marché noir s'effondrerait aussitôt et l'Autorité palestinienne récupérerait à son profit les taxes sur les importations".

Un simple détour par une épicerie de Gaza corrobore l'analyse : les rayonnages débordent de produits à l'emballage bosselé ou poussiéreux, signe imparable de leur séjour souterrain. D'après l'ONG israélienne Gisha, qui tient la comptabilité du blocus, près de 4 300 types de marchandises empruntent les tunnels de Rafah.

Même le ciment, introuvable il y a encore quelques mois, parvient désormais sur le marché local, tirant les entreprises de la torpeur où elles étaient plongées depuis 2007. "Environ un tiers des établissements industriels ont repris leur activité et un quart des compagnies de construction ont recommencé à travailler, assure un économiste gazaoui. L'économie parallèle fonctionne à plein régime."

L'économie "officielle", en revanche, est sinistrée. L'armée israélienne n'autorise l'importation que de 81 articles différents, sélectionnés selon une logique qui laisse perplexe. La cannelle est permise, mais la sauge et la coriandre sont prohibées, les conserves peuvent rentrer à l'exception des fruits au sirop, les désodorisants pour toilettes ont le feu vert, mais pas la confiture...

A quoi rime cet inventaire militaire à la Prévert ? Silence radio. Justifier ces choix "pourrait affecter la sécurité nationale et les relations diplomatiques", affirme le Cogat (Coordinator of the Government Activities in the Territories), le département de l'armée dirigé par le général Dangot, qui dose l'approvisionnement de Gaza et qui n'a pas donné suite à la liste de questions transmise par Le Monde.

Dans ces circonstances, le travail d'Ayman Hamada ressemble à une partie de poker. Importateur de produits alimentaires, il ne sait jamais à l'avance si sa commande franchira les grilles de Gaza. "J'ai 300 tonnes de halwa (un dessert à base de pâte de sésame) entreposées à Ashdod depuis septembre 2008, dit-il. J'ai payé 75 000 dollars de frais de stockage pour rien car la date de péremption vient de passer. Au total, c'est 1 million de dollars foutu en l'air !" Avec l'usine de production de concentré de tomate qu'il possède, la frustration est similaire. L'armée l'empêche d'importer les boîtes de conserve vides qui lui permettraient de relancer son activité, mais laisse en revanche passer vers Gaza des tubes de concentré produit en Israël...

"Le principe du blocus, c'est "pas de développement, pas de prospérité, mais pas de crise humanitaire"", affirme un responsable humanitaire français, familier de ce dossier. Il convient que le blocus a été un peu desserré et que les convois de médicaments et de nourriture, dont dépendent près d'un million d'habitants, ne rencontrent jamais de problèmes pour rentrer dans Gaza.

Le COGAT possède d'ailleurs un document, dont l'existence a été révélée par le quotidien israélien Ha'aretz, qui définit des lignes rouges nutritives. "Le problème, c'est qu'Israël voudrait réduire l'humanitaire aux questions de soins et d'alimentation, poursuit le responsable français. C'est vrai, on ne meurt pas de faim à Gaza, mais on vit dans des conditions insupportables. On vit parfois sans accès à l'eau courante, sous une toile de tente, avec l'égout qui se déverse à côté, en dessous du taux de pauvreté le plus bas qui soit. Dans le domaine sanitaire, dans celui du logement, les besoins sont criants, mais le Cogat fait comme s'il n'entendait pas."

Il y a pourtant un plan sur le bureau du général Dangot, du nom de Robert Serry, l'envoyé spécial des Nations unies à Jérusalem. Il prévoit de relancer la mise en oeuvre des projets d'infrastructure de la communauté internationale dans la bande de Gaza, au point mort depuis 2007, blocus oblige. Des chantiers comme un réseau d'égouts, un complexe de logements, des écoles ou une station de pompage, dont le coût se chiffre à plusieurs centaines de millions de dollars.

Pour bien faire, les Nations unies ont peaufiné les systèmes de suivi du matériel importé, de façon à vérifier que les sacs de ciment ne parviennent pas dans les mains du Hamas, l'angoisse numéro un des militaires israéliens, qui redoutent que les islamistes n'aménagent des "bunkers" le long de la frontière.
L'effort n'a guère impressionné les agents du Cogat. "Ils multiplient les obstacles, les procédures et les délais de façon injustifiable, dit un bon connaisseur du plan Serry. Ils demandent des renseignements abracadabrants, du style de la taille des boulons utilisés pour fixer des fenêtres. Ils font tourner en bourrique les Nations unies."

A deux reprises, Robert Serry envisagea de dénoncer haut et fort la politique d'obstruction de l'armée israélienne. A chaque fois, à quelques heures de l'intervention prévue, un coup de téléphone ou une lettre du Cogat lui parvint, promettant, avec un à-propos remarquable, un déblocage imminent des projets. Ce fut notamment le cas en mars, à la veille de la réunion du Quartet (Nations unies, Etats-Unis, Russie, Union européenne) à Moscou, où Serry devait taper du poing sur la table. Et, à chaque fois, lesdites promesses tardent à se matérialiser. A la mi-mai, seule une demi-dizaine de camions chargés de matériaux de construction avaient pu rentrer sur les centaines requis par les chantiers des Nations unies...

Début mai, dans les colonnes du quotidien belge Le Soir, Filippo Grandi, le patron de l'UNRWA, l'agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens, rompit avec la pondération de rigueur dans les cercles diplomatiques. "Cela devient une blague", lâcha-t-il, en écho à l'agacement de tous ses collègues. "Que veut Israël ?, questionne un expert étranger. Favoriser une reconstruction transparente, sous le contrôle de l'ONU, ou bien favoriser le marché noir, qui profite au Hamas ?"

La réponse, jusqu'à présent, est univoque. Elle se trouve sur les docks encombrés du port d'Ashdod, dans les salles de classe surpeuplées de l'UNRWA, ou sous les serres des producteurs de fraises, dont Israël a accepté l'exportation... un mois après le début de la saison ! Elle se trouve aussi, et c'est moins visible, dans la plate-forme officielle d'Israël Beitenou, le parti du ministre israélien des affaires étrangères, Avigdor Lieberman.

Ce texte appelle ouvertement à isoler la bande de Gaza du reste des territoires occupés et à empêcher tout mouvement de biens ou de personnes en direction de ce bout de terre. "Pour le statut final de Gaza, le modèle doit être Hongkong", peut-on lire sur le site du parti, qui milite pour une cité-Etat durablement isolée. Un territoire sous cloche transformé en dragon asiatique ? Pas sûr que cette nouvelle "blague" fasse rire les Gazaouis.

Benjamin Barthe

20 juin 2010

"Les citoyens du monde doivent réagir là où les gouvernements ont échoué."

Stephane Hessel appelle au boycott d’Israël


Stephane Hessel, 95 ans, survivant de l’Holocauste,  militant des droits de l’Homme, diplomate,  est l'un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. 
 
Extraits :
"Les citoyens du monde doivent réagir  là où les gouvernements ont échoué."

"L’attaque illégale et immorale d’Israël contre le convoi d’aide humanitaire de la Flottille de  la Liberté, qui a fait au moins neuf morts et des  dizaines de blessés, a, à juste titre, stupéfié le  monde. Le convoi entièrement civil de 6 bateaux transportait plus de 10 000 tonnes d’aide humanitaire cruellement nécessaire, et près de 700 citoyens de 40 pays. La Flottille était une tentative ambitieuse de  briser le siège imposé par Israël depuis 2007 à 1,5  million de Palestiniens de la bande de Gaza occupée.  Avec à son bord d’éminents parlementaires, chefs  religieux, écrivains, journalistes, un Prix Nobel de la  Paix et un survivant de l’Holocauste, le convoi  humanitaire visait non seulement à fournir des secours à  Gaza ; il cherchait à attirer l’attention  internationale sur la crise humanitaire imposée aux  habitants de Gaza et sur l’impératif d’y mettre fin. Il  est indéniable que ce dernier objectif a réussi, mais  avec des conséquences tragiques. 
(...)
L’absence d’action significative de la part des gouvernements pour rendre Israël responsable devant le droit international laisse ouverte une voie pour les citoyens de conscience : celle de prendre eux-mêmes cette responsabilité, comme cela a été fait  contre l’apartheid en Afrique du Sud. Les initiatives  non-violentes menées par les citoyens, dont la Flottille  et les multiples campagnes de boycott et de  désinvestissement dans le monde entier sont des  exemples, présentent la façon la plus prometteuse de  surmonter l’échec des gouvernements du monde à résister  à l’intransigeance et au comportement débridé d’Israël. En attaquant de façon flagrante le bateau humanitaire, Israël a provoqué par inadvertance une prise de  conscience et une condamnation sans précédent non  seulement de son siège fatal de la bande de Gaza, mais  aussi du contexte plus large des pratiques de  l’occupation israélienne dans les Territoires  palestiniens, de sa négation des droits des réfugiés  palestiniens et de sa politique d’apartheid contre les citoyens indigènes « non-juifs » d’Israël. La Flottille de la Liberté rappelle le  genre d’initiatives de solidarité de la société civile qui a mis fin aux lois de ségrégation aux États-Unis et  à l’apartheid en Afrique du Sud, une analogie impossible à ignorer. Comme pour le régime d’apartheid en Afrique  du Sud, la réaction d’Israël a été de qualifier cet acte  non-violent de « provocation intentionnelle ».
 Source: Huffington Post

10 juin 2010

Nous, juifs de la diaspora, disons non à l'égarement d'Israël

Par Esther Benbassa | Historienne, dir. d'études à l'EPHE...
01/06/2010

L'historienne Esther Benbassa, auteur en 2006 d'« Etre juif après Gaza », réagit ici à l'assaut meurtrier donné, lundi au large de Gaza, par un commando israélien sur une flottille humanitaire pro-palestinienne. Celle qui a signé « l'Appel à la raison » du collectif J-Call condamne « le pas de plus d'Israël vers le pire ».


Les commandos de la marine israélienne ont donné l'assaut lundi contre six bâtiments de la « flottille humanitaire pour Gaza » à bord de laquelle se trouvaient des militants pro-palestiniens et du matériel de construction et de santé. Cette flottille naviguait dans les eaux internationales. On compte des dizaines de blessés et entre dix et dix-neuf morts selon un bilan provisoire.

Même si cette flottille avait peu de chances d'atteindre son objectif, à supposer même qu'elle ait provoqué les commandos israéliens et qu'elle ait, comme le suggèrerait une source officielle israélienne, manifesté une « violente résistance physique », Israël s'est attaqué à un symbole, à un symbole « humanitaire ».

Son image, déjà dramatiquement entamée par l'offensive contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, ne pourra que se détériorer davantage, et comme il est d'usage, suivra une hostilité accrue des opinions publiques à son endroit.

D'autant plus que le symbole visé est celui de l'aide apportée à des civils palestiniens étouffés par le blocus israélo-égyptien, décimés par l'offensive contre Gaza, réduits à la misère et vivant au milieu des ruines. Ce sont ceux-là même qui convoyaient cette aide qui ont perdu leur vie en raison de leur engagement humanitaire.

Quelle qu'ait pu être leur éventuelle « résistance » à des militaires israéliens les attaquant hors des eaux territoriales d'Israël, aucune rhétorique ne saura fournir des arguments pour justifier cette barbarie, ni bien sûr aucune propagande pro-israélienne.
Ni la menace terroriste ni le fantôme régulièrement invoqué du méchant Iran travaillant à l'élimination d'Israël ne pourront justifier l'arrogance de ce dernier, qui tire honteusement parti de l'immunité que lui confère la Shoah.

Du Struma à l'Exodus, Israël perd de vue son histoire

Israël a oublié ce passé même qu'il rappelle pourtant sans cesse au monde pour couvrir ses propres méfaits. Rappelons-nous ces bateaux remplis de juifs fuyant l'Europe meurtrière qui tentaient d'accoster ici ou là pour échapper au massacre, et qui étaient refusés, repoussés ou torpillés comme le Struma en Mer Noire en 1942.

Même si ce qui s'est passé ce 31 mai à l'aube avec la « flottille humanitaire pour Gaza » n'a pas de points communs avec ces précédents tragiques, l'image du bateau, cible de violences, à l'approche des côtes israélo-palestiniennes, l'image, elle, est prégnante.

Qui ne se souvient encore de l'Exodus, qui transportait en 1947 des juifs émigrant clandestinement d'Europe vers la Palestine, à l'époque sous mandat britannique ? Un grand nombre d'entre eux étaient des réfugiés ayant survécu à l'Holocauste. La marine britannique s'empare du navire, et la Grande-Bretagne décide de renvoyer ses passagers en France et finalement jusqu'en Allemagne. Cet épisode, témoignage de la dureté de la répression britannique, donnera un coup de pouce à la création de l'État d'Israël.
Il est à espérer que ce qui s'est passé ce 31 mai précipitera les pourparlers israélo-palestiniens et la fondation d'un État palestinien. Mais quand bien même cette issue se confirmait (ce dont on peut tout de même douter dans l'immédiat), l'histoire d'Israël aura été une fois de plus terriblement entachée.
À qui oublie son histoire, il n'est pas d'avenir possible. Les Israéliens ont oublié leur histoire et poussent les diasporas juives à faire de même au nom de l'amour inconditionnel qu'Israël exige d'elles.

Le raid est un signal d'alarme pour l'Europe et les Etats-Unis

La « flottille humanitaire pour Gaza », hélas dans le sang, est un signal d'alarme non seulement pour Israël mais aussi pour l'Europe et les États-Unis. Le premier cédant aux démons d'une droite intransigeante. Les seconds, dans leur légèreté et leur tolérance excessive, se révélant incapables de mettre le premier au pied du mur. Cette fois, le moment est venu.
Au premier anniversaire de l'offensive contre Gaza, c'est à peine si les médias ont évoqué le souvenir de cette catastrophe. Le rapport de Richard Goldstone, accusant Israël et le Hamas de crimes de guerre, a été enterré. Et comme pour récompenser Israël (mais de quoi ? ), on lui a ouvert les portes de l'OCDE.

Un Etat palestinien dans les plus brefs délais, par l'intervention directe et autoritaire de l'Europe et des États-Unis, voilà ce qu'il faut désormais.

Et ce non seulement pour que les Palestiniens sortent de leur cauchemar, mais pour éviter aussi à Israël de poursuivre une politique suicidaire qui risque de le mener à court terme vers la disparition.

La Turquie, victime collatérale de la politique suicidaire d'Israël

N'oublions pas que le syndrome de Massada est inhérent à Israël. Dans l'Antiquité, à Massada, des Judéens assiégés préférèrent se suicider plutôt que de négocier avec l'ennemi d'alors, les Romains.
Après l'affaire de la flottille rouge du 31 mai 2010, Israël, s'il n'en est pas empêché par des tiers, pourrait bien se refermer davantage sur lui-même, essuyant de manière autiste les retombées internationales, et continuant de rationaliser à ses propres yeux et dans sa propre prison jusqu'aux actions les plus inhumaines.

Songe-t-on seulement aux juifs de la diaspora qui pâtiront eux aussi des retombées de cette affaire ? Le ressentiment contre Israël se confondra un peu plus avec un antisémitisme de moins en moins rampant.
À ce propos, a-t-on suffisamment relevé que la plupart des victimes sont turques ? La Turquie, dans les années 1930, est aussi le pays qui a accueilli nombre d'intellectuels juifs allemands persécutés, qui, pendant les années noires, a autorisé le passage de militants sionistes fuyant l'Europe pour la Palestine, et qui a été longtemps le seul Etat musulman à reconnaître Israël. Osons espérer que nulles « représailles » ne viendront toucher, désormais, les 20 000 juifs qui y vivent encore.

Le J-Call saura-t-il condamner l'égarement d'Israël ?

Ce 31 mai est une épreuve test pour le collectif « J-Call », ce mouvement né d'un « Appel à la raison » lancé il y a peu par des juifs européens qui, bien qu'attachés à Israël, entendent exercer leur droit de libre critique de la politique de ses gouvernants. J-Call saura-t-il se démarquer clairement et courageusement des positions radicales d'institutions juives comme le Conseil représentatif des instituions juives de France (CRIF), attachées à Israël de façon nombriliste et prêtes à tout admettre de lui, y compris le pire ?

Certains d'entre nous ont signé cet appel, malgré leurs réserves. J-Call tiendra-t-il ses promesses ? Agira-t-il sans délai ? Condamnera-t-il, sans réserve, lui, ce qui est arrivé ? Exigera-t-il l'ouverture immédiate d'une enquête internationale indépendante ?

L'heure est grave pour toutes les organisations juives de la diaspora. Au nom des morts de la flottille, victimes de l'impunité israélienne, au nom de l'histoire que nous portons, nous, juifs de la diaspora et d'Israël, pour que les souffrances des Palestiniens puissent prendre fin, et qu'un Etat palestinien puisse enfin voir le jour, recouvrons notre simple humanité et disons non à l'égarement d'Israël.

Esther Benbassa a récemment publié « Etre juif après Gaza » (CNRS Editions, 2009) et « Dictionnaire des racismes, de l'exclusion et des discriminations » (Larousse, 2010).

Palestine. Quelques tableaux parlants

  Made in illegality / outils infographiques 1er juillet 2019  https://plateforme-palestine.org/Made-in-illegality-outils-infographiqu...