24 novembre 2016

Une lettre de Gaza aux Indiens de Standing Rock

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Chers Indiens d’Amérique,
Bien que nous soyons de couleurs, religions, cultures et contrées différentes, j’ai découvert, avec les protestations de Standing Rock, que nous avions beaucoup plus de choses en commun que de différences. Quand je lis votre histoire, je puis nous y voir reflétés, mon peuple et moi. Je sens au fond de mon cœur que votre combat est le mien et que je ne suis pas seule dans la lutte contre l’injustice.


Mes ancêtres n’étaient pas les seuls qui vivaient en Palestine. Juifs, chrétiens et Arabes vivaient tous les uns aux côtés des autres, dans mon pays. Mais mes ancêtres – y compris mes grands-parents et mes arrière-grands-parents – étaient le peuple indigène, tout comme vous. Et ils ont subi le même sort que votre peuple. La politique américaine d’occupation et de déportation via des marches forcées comme la Piste des Larmes, avec le transfert progressif de tant des vôtres dans des réserves surpeuplées et appauvries, me heurte profondément parce qu’elle ressemble étonnamment à l’épuration ethnique de mes ancêtres par l’occupation militaire israélienne lors de ce que nous appelons « al-Nakba » (la catastrophe). Nous savons ce que vous savez : que notre terre est sacrée.

La Piste des Larmes
En 1948, mes ancêtres — en même temps que près d’un million d’autres Palestiniens — ont été forcés par la peur ou par la force (dans certains cas à la pointe du fusil) de quitter leurs terres. Plus de 10 000 autres ont été massacrés. Des centaines de nos villages et villes ont été complètement détruits dans un plan systématique d’effacement de nos identités — exactement de la même façon que vous avez été harcelés sans arrêt.
La Palestine, de nos jours, ne représente plus que 22 pour 100 de notre terre natale d’origine. Comme vous, une partie de mon peuple (1,5 million, estime-t-on) doit vivre dans des « camps » (notre mot pour « réserves ») dégradants, où les conditions de vie sont « comparables à celles du tiers-monde ». À l’instar de vos réserves, ces camps se caractérisent par des taux élevés de chômage, de pauvreté et de suicide.
Bien d’autres Palestiniens (environ 6 millions) — dont, aujourd’hui, les descendants des habitants d’origine — sont disséminés un peu partout dans le monde, de la même façon que les vôtres le sont un peu partout aux États-Unis. Aujourd’hui, non seulement l’occupation militaire a accaparé notre terre pour en faire « l’État d’Israël », mais elle continue à mener une politique d’expulsion en détruisant des maisons palestiniennes dans le minuscule bout de terre que nous avons encore, en implantant des colonies illégales et en entravant notre liberté de mouvement au moyen d’un réseau de « check-points sécuritaires ».

La Nakba palestinienne
Comme vous, nous ne contrôlons pas nos ressources naturelles. De même que vous n’avez pas été consultés à propos du Dakota Access Pipeline qui, s’il est installé, traversera vos terres et contaminera vos ressources en eau, nous ne sommes en aucun cas consultés par Israël, qui veut exploiter nos approvisionnements en gaz dans notre port à son propre profit et qui monopolise les réserves d’eau de la Cisjordanie au profit des espaces verts de ses propres résidents — en laissant les Palestiniens mourir de soif et de sécheresse. À Gaza, où je vis, les conditions dans lesquelles nous devons vivre font que 10 pour 100 à peine de notre approvisionnement en eau est de l’eau potable. Nous aussi, nous savons que « l’eau, c’est la vie ».
Quand j’étais jeune, j’ai vu comment les médias véhiculaient des images négatives à votre sujet, particulièrement dans les films hollywoodiens – vous dépeignant comme des gens non civilisés, sauvages, racistes et abusant de drogues. De la même façon, les gens de mon peuple sont décrits comme terroristes, « rétrogrades », misogynes et antisémites. Et personne, en plus, ne dira qu’en fait, les blancs sont exactement pareils.
Comme la vôtre, notre résistance a été stigmatisée comme des actes de terrorisme et de violence et non comme un combat pour la survie et la dignité. Cela n’a rien de surprenant, puisque telle est la politique de tout oppresseur cherchant à criminaliser autrui afin de justifier ses propres actes. Telle est la manière dont l’oppresseur crée sa propre version de la réalité afin de rationaliser son comportement et de manipuler les masses. Et tel est le plan de l’oppresseur afin que les peuples colonisés se sentent faibles et isolés. Mais vous êtes en train de prouver qu’il n’y arrivera pas et je voudrais que vous sachiez que mon peuple est avec vous.
Voir vos femmes, vos aînés et vos jeunes se dresser tous ensemble pour protester contre le pipeline et contre votre exclusion du processus décisionnel, voilà qui est très inspirant ! Cela nous donne la force de poursuivre notre propre combat.
En tant que Palestinienne de Gaza, j’ai grandi dans le sentiment d’être de plus en plus détachée du reste du monde à mesure qu’Israël durcit son blocus depuis une décennie. Je suis sûre que vous êtes nombreux à éprouver la même chose. Mais nous ne sommes pas isolés. Nous sommes des « âmes sœurs » de la façon qui compte vraiment.

Publié le 15 novembre 2016 sur We are not numbers
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Israa Suliman
Israa, 20 ans, est étudiante en littérature anglaise à l’Université islamique de Gaza. Trois choses la passionnent : les chats, la mer à Gaza et l’écriture. « Nous devrions être ivres d’écrire, de sorte que la réalité ne pourrait nous détruire », dit-elle. Influencée par les récits des Écrivains pour la Liberté et d’Anne Frank, Israa se raccroche de toutes ses forces à sa plume, croyant dans le pouvoir des mots à promouvoir le changement. Outre sa passion de l’écriture, elle aime la musique et elle rêve de devenir un jour violoniste.

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10 juillet 2016

LA RESISTANCE PAR LA TERRE

A Hébron, les Palestiniens résistent en plantant des arbres


Nous refusons d’être ennemis", indique le panneau à l’entrée de la ferme de la famille Nassar, près de la route de Bethléem à Hébron. Une terre de 400 dunams (1) que leur grand-père avait acquise en 1916 pour en faire un verger d’oliviers et d’arbres fruitiers. A l’époque, le seul village proche était celui de Nahalin dans la vallée. Aujourd’hui, ils sont cernés par cinq colonies israéliennes.
"Elles sont toujours situées au sommet des collines", explique Daher, l’un des frères qui travaillent à la ferme. "C’était en 1967 (après la guerre des Six jours), des colons sont venus et ont construit un hangar pour les vaches", un large bâtiment en structure métallique qu’on aperçoit à l’extrémité du kibboutz de Rosh Tzurim. Puis sont apparues El’azar, Neve Daniel, Gvaot et Betar Illit, forte aujourd’hui de 40 000 habitants.

Dès 1991, les autorités israéliennes revendiquent la terre des Nassar. Sommés d’en partir, ils refusent et présentent leurs titres de propriété datant de l’époque ottomane et du mandat britannique. S’ensuit une longue bataille juridique, qui a toujours cours. "Sur la colline, c’est un emplacement stratégique", explique Daher. "Et nous possédons une surface importante. Les Israéliens se fichent des petites parcelles des paysans de Nahalin." Depuis 1995, le territoire est désormais en zone C - sous contrôle administratif et sécuritaire israélien - et les Nassar ne disposent d’aucun permis de construire, ni d’accès à l’eau ou à l’électricité.

Une "intifada verte"

Et pourtant, ils restent et résistent, en plantant des arbres : "C’est le meilleur moyen de montrer que nous travaillons la terre et qu’ainsi nous l’occupons." Le projet de la Tente des Nations naît en 2000 pour accueillir des volontaires internationaux qui plantent avec eux oliviers et vignes sur les pentes des collines en terrasses. En 2015, plus de 7 000 visiteurs sont passés ici : des étrangers, des Israéliens "et même des colons".

Ce qui n’empêche pas un petit matin de mai 2014 à des bulldozers de l’armée israélienne de venir arracher un millier d’arbres fruitiers - 300, selon d’autres sources - situés sur les terres revendiquées par Israël. Un épisode que Daher n’oublie pas. Alors plus que jamais, "il faut planter".

"Intifada verte". C’est le nom donné au combat mené à Battir, un village proche de Bethléem, contre la construction d’un mur sur ses terres, le long de la ligne de chemin de fer, laquelle sépare Israël des territoires palestiniens depuis 1948. Seulement, des parcelles de terre cultivées par les villageois se trouvent de part et d’autre de celle-ci. La construction d’une barrière les empêcherait d’y accéder et saccagerait aussi le paysage, célèbre pour ses terrasses séculaires en pierre sèche. Cependant, 70 % de Battir, dont la vieille ville et les terres arables, sont situés en zone C.

Aussi dès 2010, Hassan Muamer, originaire de Battir, s’investit avec d’autres pour mettre en valeur son patrimoine, tracer des chemins de randonnée et restaurer les murets de pierre. En parallèle, après un dossier déposé à l’Unesco, les terrasses cultivées et le réseau d’irrigation de Battir sont inscrits au patrimoine mondial en 2014, sous l’appellation "Palestine : terre des oliviers et des vignes - Paysage culturel du sud de Jérusalem, Battir".

Un "kibboutz palestinien"

Cette victoire contribue en 2015 à ce que la Cour suprême israélienne renonce à son projet : "Nous sommes le premier village à avoir évité la construction du mur dans notre secteur", avance fièrement Hassan. Le classement à l’Unesco lui paraît être une protection supplémentaire parce que "la valeur patrimoniale" de Battir est désormais "reconnue à l’échelle internationale" et "si les Israéliens veulent y toucher, ce n’est plus à nous qu’ils devront s’attaquer".

Sur les hauteurs d’al-Bireh près de Ramallah, une petite équipe s’active à planter des légumes. Chaque week-end, Amin Hamayel accueille ainsi des volontaires sur sa ferme. "Je veux créer une sorte de kibboutz palestinien", plaisante ce cinquantenaire né aux Etats-Unis et rentré au pays il y a quinze ans. Aujourd’hui, avec sa terre de 16 dunams, ses moutons et ses chèvres, il est autosuffisant.

En 2011, Amin fonde l’association Sharaka ("partager" en arabe) pour permettre "à ceux qui n’ont plus de terre" - suite à la partition de 1948 - d’en retrouver une et de profiter de ses fruits : "Notre résistance passe par la terre. Et comme Israël nous coupe parfois les routes, nous devons assurer un réseau de fermes autour de chaque ville pour assurer les besoins locaux" et ne plus dépendre des produits maraîchers reçus d’Israël. Située en zone C, sa terre est souvent visitée par l’armée israélienne. Et pourtant, le "cheikh", comme on l’appelle ici, croit en une coexistence pacifique. "Pourvu que la dignité humaine soit partagée des deux côtés. Ce n’est pas le cas actuellement."

(1) Unité de mesure de surface datant du mandat britannique. Il vaut ici 1 000 m2.


Reportage Claire Bastier, Correspondante en Israël
Publié dans La Libre le jeudi 30 juin 2016

Photo Reporters Abaca

Voir l'article dans La Libre

08 juillet 2016

QUINZE VAGUES DE DÉMOLITIONS DEPUIS 2005 Le cas de Khirbet Tana

Palestine  -DOSSIER DÉMOLITIONS - pages 6

VOIR aussi

par Simona Abderhalden et Camilla Corradin (EWASH)
d'après leur article "Palestine: when demolitions and restrictions hinder access 10 waler"


Dans le village de Khirbet Tana, en Cisjordanie, Radwan Khatatbeh et sa famille habitent une cave depuis que leur maison a été démolie en février passé -en tout, pour la 5e fois.

"Chaque fois que l'armée israélienne vient exécuter un ordre de démolition dans notre communauté, je leur dis que j'ai vécu ici toute ma vie, depuis 80 ans. J'étais ici avant l'occupation. Ceci est ma terre, ceci est chez moi", déclare Radwan, né à Khirbet Tana en 1936. Plusieurs générations d'éleveurs ont ainsi vécu ici, depuis plus de cent ans. Leurs ancêtres ont choisi de s'installer à Khirbet Tana pour l'eau et le pâturage, essentiels pour leur bétail, leur principale -voire leur seule- source de revenu, Près de 40 foyers y vivent aujourd'hui.

Parce que situé non seulement en zone C, mais également près d'une zone de tir, le village a déjà subi quinze vagues de démolitions depuis 2005, cette année, la communauté villageoise a eu droit à quatre vagues de démolitions en l'espace de deux mois (entre février et avril passés): en tout 151 structures totalement détruites, se traduisant par 217 personnes déplacées, Rien n'a été épargné par l'armée-ni l'école primaire (construite en 2011 pour remplacer celle en béton qui avait également été détruite), ni l'infrastructure d'eau et d'assainissement (latrines, citernes d'eau, mais aussi la piscine en béton qui venait juste d'être construite), C'est principalement l'Union européenne qui avait financé la construction de ces structures, en tant qu'intervention humanitaire pour pallier aux vagues de destructions précédentes.

Tandis que onze des enfants de Radwan se sont mariés et ont déménagé près de Beit Furik, une ville non loin de là, son fils Mohammad est déterminé à rester dans le village. Il habite encore avec ses parents mais se marie bientôt lui aussi. Il est conscient que son choix de rester à Khirbet Tana ne leur rendra pas la vie facile, constamment menacée du fait des infrastructures limitées et par le risque de démolitions, Le village n'a pas d'électricité par exemple, juste des panneaux solaires, utilisés pour recharger des téléphones et des lampes de poche. Le système de permis israélien a également empêché que l'infrastructure d'eau et d'assainissement ne soit correctement développée, Le tuyau approvisionnant le village en eau n'est pas assez important pour satisfaire les besoins de tout le village. Une bonne moitié des familles situées tout au bout du tuyau ne reçoit pas assez d'eau et se voit obligée d'aller chercher l'eau à la source, à 1 km et demi du village. Idem pour ceux qui ne sont pas du tout connectés au réseau, qui eux font le chemin au moins deux fois par jour.

Elaf, la femme de Radwan, témoigne: "les tâches domestiques du quotidien, par exemple faire la vaisselle ou la lessive, deviennent extrêmement difficiles et fastidieuses dans de telles conditions. Nous gardons notre consommation en eau à un minimum pour survivre. On estime la consommation moyenne d'un habitant de Khirbet Tana à 35 litre par jour, bien en dessous du standard minimum de 100 litres de l'OMS. Alors que les colonies illégales à proximité du village prospèrent et sont totalement équipées, les communautés bédouines et d'éleveurs de Cisjordanie peinent à jouir de leurs droits fondamentaux. Leurs terres sont confisquées, leur accès à l'eau et à l'assainissement sévèrement restreint, leurs familles n'ont pas le droit de vivre une vie digne.

"Cette situation est terriblement frustrante et humiliante, résume un autre éleveur du village. "Ceci est notre terre. On devrait être libres d'y construire et d'y développer les infrastructures dont on a besoin. Mais on ne peut pas. Par contre, un colon qui viendrait s'installer au sommet d'une de nos collines, le lendemain, il serait immédiatement approvisionné en eau, électricité. il obtiendrait la protection de l'armée israélienne. Et nous -les propriétaires de cette terre!- nous n'avons rien. Nous n'avons même pas le droit d'avoir des citernes et des latrines."

Traduction de l'anglais (original) par l'ABP

POUR EN SAVOIR PLUS
Les derniers chiffres de la Commission européenne évaluant le montant des dégâts causés aux projets financés par l'UE : http://www.europarl.europa.eu/sides/getAIIAnswers.do?reference = E- 2016-002415&language=EN

Bulletin de l'association belgo-palestinienne / Wallonie-Bruxelles ASBL - ABP - N° 68, Avril - mai - juin  2016. Dossier démolitions, version 2016

LES DÉMOLITIONS DE MAISONS EN CISJORDANIE EN HAUSSE

Le transfert silencieux s'accélère...

Palestine  -DOSSIER DÉMOLITIONS - pages 4 et 5

par Sophie Feyder et Nathalie Jeanne d'athée


Selon l'ONG israélienne Israeli Committee against House Demolition (ICAHD),  le gouvernement israélien a déjà fait démolir 48 488 structures palestiniennes depuis 1967, date de l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza.
Un nombre incalculable de gens se sont ainsi retrouvés sans abris du jour au lendemain.
Cette politique de démolition est un des piliers d'une stratégie plus large de judaïsation de la Cisjordanie, une manière silencieuse mais efficace de procéder à un transfert de population.

Si le mot "nettoyage ethnique" froisse encore beaucoup d'oreilles, les juristes israéliens concèdent pour la plupart que ce recours aux démolitions entre clairement en contravention avec l'article 53 de la quatrième Convention de Genève, selon lequel "il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou immobiliers, (...) sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires". Or selon ICAHD, le pourcentage des démolitions qui peut être imputé à des raisons de sécurité n'atteint pas le 1 %. On ne voit pas trop en effet quelle nécessité militaire contraindrait Israël à détruire des plaines de jeux, des réservoirs d'eau, des panneaux solaires, des latrines, des abris pour le bétail ou encore des écoles.

Depuis le début de l'occupation, les démolitions ont plutôt servi à chasser les Palestiniens hors de leurs terres et à libérer de l'espace pour la construction ininterrompue de nouvelles colonies israéliennes en territoire occupé. Sur le long terme, l'objectif des démolitions est de parvenir à ce qu'un maximum de la zone C (la zone C représente 62% de la Cisjordanie occupée) ne puisse revenir aux Palestiniens dans le cadre d'un accord final.

UN RYTHME EFFRÉNÉ DE DÉMOLITIONS EN 2016

Depuis plusieurs générations, le risque de voir démolir sa maison est suspendu telle une épée de Damoclès sur la tête de tout Palestinien résidant dans les territoires occupés. Si le rythme des démolitions fluctue en fonction de la conjoncture, en 2016, il s'envole de façon alarmante pour atteindre un niveau sans précédent. Entre 2012 et 2015, la moyenne mensuelle était de 50 maisons démolies en Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est. Depuis janvier 2016, on en est à 607 démolitions, dépassant déjà le nombre des démolitions pour toute l'année 2015, à une allure trois fois supérieure à la moyenne initiale. Pour la seule journée du 6 avril, l'armée israélienne a démoli 54 structures dans 9 communautés villageoises en Cisjordanie, affectant directement 124 personnes dont 60 enfants.
Les motifs de cette relance effrénée ne sont pas clairs, même si cette soudaine accélération coïncide manifestement avec l'adoption des directives européennes sur l'étiquetage des produits en provenance des colonies israéliennes. Les justifications que les autorités israéliennes avancent en général ne changent pas, quant à elles. Elles se résument à trois : l'absence de permis de construire (démolition administrative, soit 38% des cas), la localisation de la maison jugée inappropriée ou problématique par le gouvernement (démolition dite militaire, soit 61% des cas) et la punition collective (1% des cas).

UNE ADMINISTRATION KAFKAïENNE
AU SERVICE D'UN "TRANSFERT SILENCIEUX"

Pour rappel, la zone C représente 62% de la Cisjordanie occupée. Selon les accords d'Oslo, toute construction en zone C nécessite l'approbation de l'autorité israélienne. Or seulement 1,5% des demandes palestiniennes de permis de construire en zone C reçoivent une réponse positive. Entre 2009 et 2012 par exemple, seulement 37 des 1 640 demandes palestiniennes ont été approuvées. Le gouvernement préfère réattribuer la terre aux colons. Selon un rapport datant de 2015 du Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), un département des Nations unies, le gouvernement attribue 13 fois plus de terre à un colon qu'à un Palestinien. Compte tenu de la situation, les Palestiniens se voient contraints, tout comme les bailleurs de fonds internationaux par ailleurs, à construire sans autorisation, et à vivre avec le risque permanent de voir leur maison, leur citerne d'eau ou leurs latrines démolies par les bulldozers. Phénomène inquiétant, certains Palestiniens finissent par démolir eux-même préventivement leur propre maison, afin d'éviter d'avoir à payer la note de la démolition qu'Israël prend soin d'envoyer à chaque propriétaire de maison ainsi détruite. La facture peut être salée: entre 1300 et 15 000 € par démolition.


Quand ce n'est pas une question de permis, c'est une histoire de mauvaise localisation, par exemple le fait d'être situé trop près du Mur ou sur le tracé d'une future route de contournement devant desservir une colonie. Israël peut également décider qu'un village se trouve dans une zone de tir, censée être réservé exclusivement il l'entrainement militaire. Selon OCHA, 18% de la Cisjordanie tomberaient dans cette catégorie. Or plus de 80% de ces zones de tir ne sont même pas utilisées à cette fin. En 2014, le Colonel Einav Shalev, un officier de l'lOF, a admis lors d'une séance d'un comité public que la désignation de terrains palestiniens comme "zone de tir" n'était qu'une ruse pour en expulser les Palestiniens.

Enfin, Israël démolit des maisons de la famille de Palestiniens ayant commis des attaques ou des tentatives d'attaquas contre des Israéliens. La famille dispose alors en principe de 10 minutes pour dégager de la maison, avant que l'armée ne la fasse exploser à l'aide d'une simple grenade. En 2009, le gouvernement fit changer la loi pour permettre à l'armée d'utiliser des mesures de représailles envers la famille d'un inculpé. Israël préfère utiliser le terme "dissuasif" en lieu et place de "punition collective". L'argument est qu'un terroriste hésitera avant d'agir s'il sait que son acte aura un impact négatif sur sa famille. Pourtant il n'y aucune preuve de l'efficacité de telles mesures "dissuasives". Au contraire, toutes les enquêtes montrent que les attaques violentes n'ont fait qu'augmenter depuis que cette mesure a été réadaptée.

DES RÉACTIONS BELGES
ET EUROPÉENNES MITIGÉES


La Belgique fait partie des Etats membres déterminés à demander des compensations à Israël. En visite en Palestine et en Israël du 7 au 10 mai dernier, Didier Reynders a abordé la question des démolitions, notamment le cas de la plaine de jeux de Zaatara, dans le gouvernorat de Naplouse, détruite par l'armée le 12 avril dernier. Cette plaine de jeux avait été financée par la Coopération technique belge (CTB) à hauteur de 50 000 € et inaugurée il y a à peine un an. Les ministres Reynders et De Croo ont rapidement réagi en dénonçant cette nouvelle destruction. La plaine de jeux de Zaatara est en effet le troisième projet belge détruit par l'armée israélienne depuis le début de 2016. Pour l'instant, leurs demandes sont restées lettre morte, tout comme au lendemain de la destruction du réseau de transport électrique de Khirbet AI-Tawil en 2014, également financé par la Coopération belge, pour un montant de 55 000 €.

Sans consensus européen, il reste à voir ce que les ministres Reynders et De Croo oseront encore faire. L'UE est parmi les principaux bailleurs de fond qui financent ces structures en Cisjordanie. Mais plutôt que de prendre des mesures concrètes, l'UE a préféré entreprendre un "dialogue structuré" avec Israël afin que ce dernier mette fin aux démolitions en zone C endéans les six mois. Après quelques mois, ce dialogue a été interrompu par Israël à la suite de la publication par l'UE des lignes directrices sur l'étiquetage des produits des colonies. Les relations diplomatiques ont repris entre l'UE et Israël en février 2016, mais le dialogue sur les démolitions n'aboutit manifestement pas. En dépit de cet échec, l'UE a pris la décision de prolonger la période de dialogue de six mois - durant lesquels on s'attend à ce que les démolitions progressent au même train. On ne voit pas trop comment la position israélienne pourrait évoluer si l'UE n'affermit pas en retour ses propres positions et ne menace pas Israël de réelles sanctions. La tenue du conseil d'association entre l'UE et Israël en juin offrirait une opportunité à l'UE et à ses Etats membres de prendre enfin une position plus ferme sur le dossier des démolitions, que ce soit en en différant la date, voire, on peut rêver, en suspendant l'accord d'association avec Israël jusqu'à nouvel ordre ?

Source: Richard Hardigan, Ethnie Cleansing in Palestine:
Home Demolitions on the Rise, Counterpunch, avril 22. ICAHD : http://icahd.org

Bulletin de l'association belgo-palestinienne / Wallonie-Bruxelles ASBL - ABP - N° 68, Avril - mai - juin  2016
Dossier démolitions, version 2016

VOIR AUSSI

09 juin 2016

Initiative de Paris : retour à la réalité

Un article de

Jamal Jumaa

L’initiative de Paris a pour objectif de relancer les négociations en vue d’une solution à deux États. Pourtant, jusqu’à présent, les plans de paix n’ont fait qu’aider Israël à prendre davantage de territoire palestinien.


Le projet israélien de bantoustanisation vise à réduire les zones accessibles aux Palestiniens à des cantons fragmentés, ou bantoustans, et à annexer les ressources foncières et naturelles restantes.  Le terme de « bantoustan » a été appliqué à des zones partiellement autonomes sous le système d’apartheid sud-africain prônant la suprématie blanche. Jusqu’à présent, les « initiatives de paix », comme la conférence planifiée qui a commencé la semaine dernière à Paris, n’ont pas exactement contribué à retarder ce processus.
Les frontières des « bantoustans » ont été définies au cours des négociations israélo-palestiniennes bilatérales d’Oslo de 1993 qui ont suivi la conférence internationale de Madrid. À cette époque, 60 % des terres de Cisjordanie avait été catégorisées en tant que zone C, totalement sous contrôle israélien. Cette évolution a donné lieu à une augmentation spectaculaire des démolitions de maisons palestiniennes. Dans la situation actuelle, la zone C forme également un mécanisme réglementaire permettant à Israël d’exproprier les terres palestiniennes et d’étendre les colonies illégales tout en chassant les Palestiniens. Le début de la construction du mur de séparation, qui longe à peu près les limites de la zone C, a été accompagné d’une nouvelle vague de démolitions de maisons visant à dégager la zone derrière le mur. Le pic actuel observé dans les démolitions avait déjà commencé en 2013, conjointement avec le lancement de l’initiative pour Israël et la Palestine par le secrétaire d’État américain John Kerry.

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Publié le 7 juin 2016 sur Middle East Eye (édition en français)
Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Jamal Juma est né à Jérusalem et il a étudié à l’Université de Birzeit, où il est devenu actif au niveau politique. Jamal Juma est un des membres fondateurs du PARC (Palestinian Agricultural Relief Committees), du PACE (Palestinian Association for Cultural Exchange) et du Palestinian Environmental NGO Network. Depuis la première Intifada, il se concentre sur l’activisme de la base. Depuis 2002, il est coordinateur de la Palestinian Grassroots Anti-Apartheid Wall Campaign (Campagne populaire palestinienne contre le mur de l’apartheid) et, depuis 2012, coordinateur de la Land Defence Coalition (Coalition de défense des terres), un réseau de mouvements de base palestiniens. Il est conseiller politique d’Al-Shabaka.

D’autres articles de Jamal Juma où parlant de lui se trouvent sur le site de laplateforme Charleroi-Palestine.

Palestine. Quelques tableaux parlants

  Made in illegality / outils infographiques 1er juillet 2019  https://plateforme-palestine.org/Made-in-illegality-outils-infographiqu...