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Elias Sanbar : "Les colonies sont le poison de la paix"

Entretien Vincent Braun, La Libre, 12 février 2014

Le processus est bloqué. Et je crois que ce blocage va persister. La position israélienne se durcit en ce moment", constate Elias Sanbar. L’ambassadeur de Palestine à l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, ne cache pas son pessimisme quant au processus de paix israélo-palestinien, dont une nouvelle phase a débuté l’été dernier sous le parrainage des Etats-Unis et doit se terminer le 29 avril prochain.

Historien et essayiste né en 1947 à Haïfa (dans le nord de l’actuel Israël), Elias Sanbar et sa famille se réfugient au Liban tout proche dès l’année suivante, à la création de l’Etat d’Israël. En poste à Paris, où siège l’Unesco, il séjourne quelques jours à Bruxelles en février 2014, où il donne une série de conférences à l’ULB sur l’histoire de cette Palestine "polychrome", cette terre d’identités multiples, telle qu’il la décrit dans son ouvrage "La Palestine expliquée à tout le monde" (Seuil, 2013).

Lancé permanent de ballons d’essai

Pour lui, les Etats-Unis sont aujourd’hui en position de faiblesse au Proche-Orient. Après les "désastres", dit-il, que constituent pour eux les guerres d’Irak et d’Afghanistan et la perte de Moubarak, leur "homme lige" en Egypte, "les Américains vont-ils réaliser le coût d’un échec de la paix pour eux, pas simplement pour les Palestiniens ?", questionne M. Sanbar. "Et est-ce que, réalisant le danger d’un tel échec de la paix pour eux, vont-ils faire pression - et ils ont les moyens de le faire - sur le protégé israélien pour qu’il arrête d’aller dans la provocation ? Je pense qu’ils commencent à comprendre que ce qui est en train de se passer est gravissime pour eux. L’impasse devient très coûteuse."

Ce qui explique sans doute la prudence avec laquelle avancent les Etats-Unis, dont il estime le pouvoir d’influence plus limité aujourd’hui qu’hier. "Nous ne savons pas ce qu’ils vont présenter. D’une part, parce qu’il y a eu une demande américaine que rien ne sorte des négociations. D’autre part, parce que la technique américaine, c’est un lancer permanent de ballons d’essai, pour tâter vos réactions. Cela a toujours été comme ça", analyse Elias Sanbar, qui a fait partie de la délégation palestinienne, au tout début des années 90, lors des négociations avec Israël qui ont mené aux Accords d’Oslo (1993), consacrant l’Autorité palestinienne. "Une fois qu’ils ont les éléments des deux bords, ils reviennent avec d’autres ballons d’essai. Et à un moment, ils essaient d’avoir une formulation qui pourrait passer", poursuit-il.

Gel et délai prolongé ?

Au vu du blocage actuel, précise l’ambassadeur palestinien, "une des hypothèses plausibles est qu’ils présentent une proposition cadre assortie d’une demande pour prolonger le délai (du 29 avril). S’ils ne trouvent pas de solution, tous leurs moyens de pression vont être mis en œuvre pour faire en sorte qu’on (les deux camps) continue à parler".

"Mais vient alors une autre question"
, s’empresse-t-il d’ajouter. "A supposer que les Palestiniens veuillent poursuivre le dialogue, est-ce que les colonies vont continuer à se développer ? Car s’il y a neuf autres mois (de négociations), le risque est qu’en décembre, il n’y ait plus rien à négocier. Les Américains vont-ils faire leur proposition en l’assortissant d’un gel des colonies ? Et si c’est le cas, auront-ils les moyens d’imposer un gel des colonies ?"

Des colonies qu’Elias Sanbar qualifie de "poison de la paix".

http://www.lalibre.be/actu/international/elias-sanbar-les-colonies-sont-le-poison-de-la-paix-52fbd6173570516ba0b9da37

Note :
Elias Sanbar
Né à Haïfa en 1947, contraint à l'exil à Beyrouth avec sa famille en 1948, Elias Sanbar est l'une des grandes figures intellectuelles du mouvement national palestinien. Historien, écrivain, le destin de son pays l'a fait aussi homme d'action. Il fut l'un des négociateurs des accords de paix d'Oslo, signés à Washington en 1993 et il est aujourd'hui ambassadeur de la délégation de Palestine à l'Unesco.

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