Accéder au contenu principal

Gaza, un an après

Publié le mardi 07 juillet 2015 dans La Libre

Une opinion d'un collectif de la société civile (voir les principaux signataires ci-dessous*).

Il y a un an, le gouvernement israélien y lançait l’opération "Bordure protectrice". Aujourd’hui, face à la situation d’extrême urgence dans la bande de Gaza, la communauté internationale ne peut plus rester les bras croisés.
Il y a un an, le gouvernement israélien lançait l’opération Bordure protectrice sur la bande de Gaza, prétendant agir en réponse aux tirs des roquettes et mortiers des groupes armés palestiniens vers Israël. Bilan de l’attaque : 2 132 Palestiniens (dont 70 % de civils) et 71 Israéliens (dont 9 % de civils) ont perdu la vie. A Gaza, un quart de la population a été déplacé, des quartiers entiers ont été rasés, 75 hôpitaux et 270 écoles ont été endommagés et 18 000 habitations ont été détruites laissant plus de 100 000 personnes sans abri. Un bilan si désastreux qu’une organisation de l’Onu déclarait que la reconstruction prendrait 20 ans.

Dans les conclusions de son rapport de juin dernier, la commission chargée par le Conseil des Droits de l’Homme de l’Onu d’enquêter sur les violations du droit international commises durant Bordure protectrice évoque un "niveau de dévastation sans précédent" à Gaza. La commission souligne que des violations du droit international humanitaire - et potentiellement des crimes de guerre - ont été commises par Israël et les groupes armés à Gaza. La disproportion en termes de puissance militaire est néanmoins évidente. Comme le souligne la commission, les nombreuses attaques menées par l’armée israélienne contre des quartiers résidentiels ou densément peuplés alors qu’il était clair que l’impact sur les populations civiles serait désastreux sembleraient s’inscrire dans une doctrine militaire, approuvée au plus haut niveau du gouvernement israélien.

Depuis plusieurs années, les opérations militaires israéliennes se succèdent (Plomb durci en 2008, Pilier de défense en 2011, Bordure protectrice en 2014) et leur bilan est de plus en plus lourd. Durant les hostilités, on constate une véritable érosion des règles de base du droit international humanitaire. L’utilisation d’armes explosives par l’armée israélienne dans des zones urbaines densément peuplées a augmenté de façon exponentielle. L’emploi massif de bombes aériennes et d’artillerie lourde démontre une indifférence choquante pour le sort de la population civile à Gaza. En même temps, la croissance progressive de la portée des roquettes des groupes armés à Gaza met un plus grand nombre de civils israéliens en danger. Aujourd’hui, à Gaza, un enfant de 7 ans aura subi 3 opérations militaires de grande ampleur. Les seules constantes qu’il aura connues sont le blocus, l’impunité d’Israël, les pertes civiles, les destructions et aucun espoir d’une vie digne et sûre à l’avenir.

Blocage des fonds pour la reconstruction

Après l’opération Bordure protectrice, une conférence internationale s’est tenue au Caire afin de réunir les bailleurs de fonds pour la reconstruction de Gaza. Au jour d’aujourd’hui, seuls 27 % des 3,5 milliards déjà levés ont été débloqués. Les questions sous-jacentes au blocage des fonds sont cyniques : pourquoi refinancer des infrastructures qui pourraient être détruites dans les prochains mois? Comment investir dans la reconstruction alors que ce sont les mesures de restrictions sévères imposées par Israël qui empêchent la reconstruction ?

La situation d’extrême urgence de la bande de Gaza n’est pas uniquement liée aux attaques à répétition. Depuis 8 ans, la population gazaouie vit sous blocus israélien. Or il s’agit d’un des territoires les plus densément peuplés du monde. Durant les attaques, il n’y a pas d’abri où se réfugier. Et après les attaques, la reconstruction est quasi impossible. En dehors des attaques, et en conséquence de l’enfermement, l’économie est dévastée, le taux de chômage est de 47% tandis que 80 % des habitants vivent grâce à l’aide alimentaire internationale. L’activité industrielle est au point mort, le fonctionnement des hôpitaux dépend de l’acheminement de l’essence des groupes électrogènes, l’exportation de produits issus de l’agriculture est impossible et les zones de pêche autorisées par l’armée israélienne n’ont toujours pas été élargies contrairement aux accords de cessez-le-feu signés après la guerre de l’été dernier. Les hôpitaux, les écoles, le système d’égouttage, des stations d’épuration, la centrale électrique et d’autres infrastructures touchées par l’armée israélienne sont dans un état de délabrement qui met en danger la santé, le droit à l’éducation, le développement et tout simplement la vie des habitants.

Israël fait la sourde oreille


Des organisations internationales ont condamné un nombre incalculable de fois le blocus et le fait qu’il constitue une punition collective de la population palestinienne. Israël fait la sourde oreille, sans qu’aucune réelle pression ne soit exercée à son égard. La politique israélienne qui vise à séparer Gaza de la Cisjordanie est toujours en vigueur et fragmente profondément le territoire palestinien occupé autant que la société palestinienne.
Alors que les rapports d’experts se succèdent, soulignant les uns après les autres la situation d’extrême urgence dans laquelle se trouve la bande de Gaza, la communauté internationale reste les bras croisés. Avec l’impunité qu’elle octroie à Israël et son inaction face au blocus, elle a une lourde responsabilité dans l’avenir de cette prison à ciel ouvert.

En conséquence, nous, membres de la société civile belge, appelons notre gouvernement à :
• agir aux niveaux national, européen et international pour mettre fin au blocus illégal de Gaza;
• agir en vue de mettre fin à l’impunité qui prévaut à Gaza et en Israël. Il est essentiel que des comptes soient rendus pour les violations avérées du droit international humanitaire. La Belgique doit soutenir chaque démarche qui tend à cet objectif et garantir que les violations des droits humains ne se répètent plus;
• agir pour mettre fin à la politique israélienne de séparation drastique des entités palestiniennes et pour maintenir l’intégrité territoriale de la Palestine;
relancer les négociations du Caire afin de reconstruire Gaza;
• suspendre immédiatement les transferts d’armes ou de munitions vers Israël (c’est déjà le cas pour les groupes armés à Gaza) vu le risque majeur de voir ces armes servir à des violations du droit international humanitaire. La Belgique doit garantir que la suspension du transfert des armes sera respectée au niveau européen en accord avec la position commune sur les transferts des armes du Conseil de l’Union européenne.
(*)

Liste signataires CARTE BLANCHE GAZA


AADEL Mohamed, Secrétaire générale de l’Association Marocaine des Droits Humains

ABRAMOWICZ Marco, Président Paix Juste au Proche-Orient - Ittre

AL DAMIRI Hamdan, Coordinateur de la Communauté palestinienne

AMER Noura, Présidente d' AWSA-BE

BACHIR Hafida, Présidente de Vie féminine

COHEUR Alain, Président de Solidarité socialiste

DE BRABANDER Ludo, Porte-parole de Vrede vzw

DECLERQ Stefaan, Secrétaire général Oxfam solidarité

DE CEUCKELAIRE Wim, Directeur Médecine pour le Tiers Monde (M3M)

DEFOSSE Guillaume, Président de la CNAPD

DEKKERS DANIEL, Coordinateur Groupe Proche Orient Santé

DESWAEF Alexis, Avocat inscrit sur la liste des conseils à la Cour Pénale Internationale

EL HADJALI Fethi, Président de la Société Civile Tunisienne en Belgique

FRERES Geneviève, Membre du comité organisateur de Via Vélo Palestina

GALAND Pierre, Président de l'Association belgo-palestinienne

GOBLET Marc, Secrétaire général FGTB

GIELEN Annemarie, Secrétaire générale Pax Christi Vlaanderen

GRAUWELS Anne, Co-président de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique

HERIJGERS Lieve, Directrice de Broederlijk delen

INGABIRE Esther, Co-présidente Ecolo J

KUNSCH Christian, Président du Mouvement Ouvrier Chrétien

LE PAIGE Charlie, Président de COMAC

LOOTENS Paul, Président de la Centrale Générale-FGTB

MAYER Cathy, Présidente de Solidarity with bedouins

MOTTART Anne, Coordination PJPO Brabant wallon

POLANCO Paula, Présidente Intal

SNOY Odette, Coordinatrice PJPO Braine l’Alleud

SURLEAU Dominique, Secrétaire générale du PAC

Dr. TOPOLSKI Anya & SHACHAR Itamar, Coordinateurs de DEen Andere Joodse Stem

VANDEN BERGHE Bogdan, Directeur général de 11.11.11 (nl)

VANDENCAN Myriam, Présidente de Palestina Solidariteit

VANDEWALLE Annushka, Secrétaire générale de FOS-socialistische solidariteit

VANHOORNE Michel, Coordinateur du Forum Gauche Ecologie

VANMOL Chris, Secrétaire ACV Brussel Halle Vilvoorde

VAN RAEMDONCK Dan, Secrétaire général de la FIDH

VANDER HEYNDEN Jean louis , Président d’Agir pour la paix

VIVIEN Renaud, Co-secrétaire général du CADTM-Belgique

WAJNBLUM Henri, rédacteur en chef de Points critiques

ZACHARIE Arnaud, Secrétaire générale du C.N.C.D/11.11.11

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

LES DÉMOLITIONS DE MAISONS EN CISJORDANIE EN HAUSSE

Le transfert silencieux s'accélère...

Palestine  -DOSSIER DÉMOLITIONS - pages 4 et 5

par Sophie Feyder et Nathalie Jeanne d'athée


Selon l'ONG israélienne Israeli Committee against House Demolition (ICAHD),  le gouvernement israélien a déjà fait démolir 48 488 structures palestiniennes depuis 1967, date de l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza.
Un nombre incalculable de gens se sont ainsi retrouvés sans abris du jour au lendemain.
Cette politique de démolition est un des piliers d'une stratégie plus large de judaïsation de la Cisjordanie, une manière silencieuse mais efficace de procéder à un transfert de population.

Si le mot "nettoyage ethnique" froisse encore beaucoup d'oreilles, les juristes israéliens concèdent pour la plupart que ce recours aux démolitions entre clairement en contravention avec l'article 53 de la quatrième Convention de Genève, selon lequel "il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou…

Une lettre de Gaza aux Indiens de Standing Rock

pourlapalestine.be/une-lettre-de-gaza-aux-indiens-de-standing-rock/

Chers Indiens d’Amérique,
Bien que nous soyons de couleurs, religions, cultures et contrées différentes, j’ai découvert, avec les protestations de Standing Rock, que nous avions beaucoup plus de choses en commun que de différences. Quand je lis votre histoire, je puis nous y voir reflétés, mon peuple et moi. Je sens au fond de mon cœur que votre combat est le mien et que je ne suis pas seule dans la lutte contre l’injustice.


Mes ancêtres n’étaient pas les seuls qui vivaient en Palestine. Juifs, chrétiens et Arabes vivaient tous les uns aux côtés des autres, dans mon pays. Mais mes ancêtres – y compris mes grands-parents et mes arrière-grands-parents – étaient le peuple indigène, tout comme vous. Et ils ont subi le même sort que votre peuple. La politique américaine d’occupation et de déportation via des marches forcées comme la Piste des Larmes, avec le transfert progressif de tant des vôtres dans des réserves surpeup…

La démolition de Khan al Ahmar, le transfert de ses habitants. En attendant l’annexion pure et simple ?

Dossier “Israël : La démolition de Khan al Ahmar et le transfert de ses habitants sont des crimes de guerre.”En attendant l’annexion pure et simple ?
1. 
RFI les voix du monde, le 28 décembre 2016
Une colonie à l'est de Jérusalem pourrait bientôt être annexée par Israël.
Presque un mois après l'adoption de la résolution de l'ONU 2334, condamnant la colonisation dans les Territoires Palestiniens, la droite religieuse affiche clairement sa volonté d'annexer Maale Adumim.
La colonie pourrait alors être régie par la loi israélienne.
Une première et un nouveau tour de force vivement critiqué par les Palestiniens.

Un projet de loi portant sur l'annexion de Ma'ale Adumim vise à appliquer la souveraineté de la loi sioniste déjà existante dans la zone E1.
Cette zone qui s'étend sur une superficie de 12 kilomètres carrés, a été incluse dans la zone d'influence la colonie Maale Adumim, qui s'étend au nord et à l'ouest de la Cisjordanie, et l'annexion sign…